L'Éthiopie inaugure sa première raffinerie d'or pour concurrencer ses rivaux d'Afrique de l'Est, mais des défis persistent pour attirer l'or étranger.
Éthiopie : lancement d'une raffinerie d'or
L'Éthiopie a inauguré sa première raffinerie d'or, avec l'ambition de concurrencer dans le secteur de la transformation de l'or les pays voisins d'Afrique de l'Est, comme le Rwanda et l'Ouganda. Inaugurée le 10 octobre, l'installation est un projet de 50 millions de dollars détenu principalement par Ethiopian Investment Holdings, une entreprise liée à l'État.Dynamique du commerce régional de l'or
L'Ouganda a exporté pour 5,8 milliards de dollars d'or en 2025, une part importante reposant sur de l'or importé de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud pour être transformé et commercialisé. Le Rwanda, qui dispose déjà d'une raffinerie d'or, a exporté environ 519 millions de dollars d'or en 2025, tandis que la Tanzanie compte six raffineries et que le Kenya prépare une nouvelle installation à Kakamega.Hausse des exportations d'or éthiopiennes
Les exportations d'or de l'Éthiopie ont fortement progressé, passant d'un peu plus de 4 tonnes en 2023-2024 à près de 39 tonnes en 2024-2025, selon le Fonds monétaire international. Cette croissance s'explique par la hausse des ventes officielles d'or, la libération de stocks et l'essor de nouvelles activités minières, comme celle de Kurmuk. Une entreprise canadienne, Allied Gold, prévoit de produire jusqu'à 8,4 tonnes d'or par an d'ici 2027.Fiscalité et concurrence
Disposer d'une raffinerie ne suffit pas à attirer l'or : les États doivent aussi offrir des conditions compétitives aux producteurs et aux négociants, en particulier sur le plan fiscal. Le Rwanda a réduit en 2024 les impôts sur les minerais transformés localement afin de renforcer son attrait comme pôle régional de transformation. L'Éthiopie a instauré en février 2026 des avantages fiscaux et douaniers pour les raffineries tournées vers l'exportation, mais les conditions applicables aux fournisseurs étrangers d'or restent floues.Défis de la raffinage
Une analyse de Chatham House publiée en septembre 2024 soulignait que les envois illicites d'or depuis les aéroports éthiopiens vers l'Ouganda, suivis d'une réexportation vers les Émirats arabes unis, étaient fréquents. L'expérience de la Tanzanie illustre la difficulté d'attirer suffisamment d'or : sa raffinerie de Mwanza ne traite que 50 à 100 kilogrammes par jour, bien en deçà de sa capacité de 480 kilogrammes.Des marges faibles, un défi de taille
Un rapport de 2026 de l'Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée relève que le raffinage de l'or est une activité à faible marge, qui exige de gros volumes. Le rapport met en garde contre le risque que la recherche d'approvisionnements conduise à négliger l'origine de l'or. Le succès de la raffinerie éthiopienne dépendra de sa capacité à obtenir et à traiter des volumes importants d'or, face à des réseaux régionaux déjà bien établis.