Le film Mémoire de fille, adapté du roman de l’autrice lauréate du prix Nobel Annie Ernaux, est à l’affiche des salles depuis mercredi 30 septembre. Réalisé par Judith Godrèche, il s’inspire du récit autobiographique d’Ernaux, qui y raconte son expérience de monitrice dans un centre de vacances en 1958, ainsi que l’agression sexuelle traumatisante qu’elle a subie. Ernaux, qui avait pendant des années évité le terme « viol », l’a finalement employé publiquement en 2020, dans le sillage du mouvement #MeToo, qui a mis en lumière à l’échelle mondiale les questions de violences et de harcèlement sexuels.
Godrèche explique avoir adopté une démarche féministe et réfléchie pour aborder ce sujet douloureux, cherchant à dépeindre la violence patriarcale sans aucune forme de sexualisation. Son intention était de mettre en avant les sentiments de dissociation et d’impuissance de l’héroïne. Avant de commencer le tournage, Godrèche a adressé une lettre à Ernaux pour lui exposer sa vision et lui a proposé une rencontre, que cette dernière a acceptée après un premier échange.
Le film utilise une technique de caméra subjective pour plonger le spectateur dans la perception de l’héroïne, évitant ainsi le regard de l’agresseur. Le montage évite délibérément tout élément érotique, et la composition des plans évolue au fil de l’histoire : les cadres deviennent plus ouverts et matures à mesure que le personnage gagne en autonomie. Le film intègre également une dimension méta, montrant Ernaux, âgée de 70 ans, revisitant les événements qui ont profondément marqué sa vie.
Une scène clé du film, qui reconstitue le premier contact traumatisant entre l’héroïne et son agresseur, a été soigneusement mise en scène pour éviter toute forme de glamour ou d’exploitation. Dans certains plans, l’actrice porte elle-même la caméra pour maintenir le point de vue de l’héroïne. Le film évite le voyeurisme et se concentre plutôt sur les répercussions à long terme du traumatisme sur la vie de l’héroïne, ses relations et sa perception d’elle-même.
Godrèche a également introduit des éléments absents du livre original d’Ernaux, comme les violences de l’agresseur envers des enfants et d’autres membres du personnel, l’existence d’un amant secret de l’héroïne, ainsi qu’une référence à la guerre d’Algérie. Ces ajouts visent à souligner les enjeux sociaux et systémiques plus larges qui s’entrecroisent avec le traumatisme personnel de l’héroïne, offrant ainsi un récit plus riche et mieux contextualisé.
Mémoire de fille : un film explore le traumatisme et les perspectives féministes dans l'adaptation d'Annie Ernaux
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