Les habitants de logements surchauffés en France affrontent une chaleur extrême, ce qui suscite des mobilisations et des demandes de solutions urgentes, comme des volets et une meilleure ventilation.
Les habitants font face à la chaleur extrême dans leur logement
Les habitants de logements surchauffés en France sont confrontés à des températures insupportables pendant les vagues de chaleur, ce qui entraîne une hausse des mobilisations et des actions collectives. Selon un rapport, les températures pendant la vague de chaleur de juin 2026 ne sont pas descendues en dessous de 30 °C, de jour comme de nuit, dans certaines zones.Les défenseurs des locataires se battent pour de meilleures conditions
Michelle Audrin, ancienne professeure d'histoire à la retraite et locataire à Aubervilliers, se bat depuis huit ans pour défendre les droits des locataires face aux mauvais traitements institutionnels. Elle a installé des rideaux occultants et des protections de fenêtre pour lutter contre la chaleur dans son appartement, qui ne dispose ni de volets ni d'une ventilation mécanique contrôlée (VMC).La chaleur et les nuisibles aggravent les conditions de vie
Fadila Adib, agente municipale à Paris et membre de Locataires ensemble, a également connu des températures extrêmes dans son logement social, qui ont frôlé les 40 °C en raison de volets cassés et d'une VMC défectueuse. Elle a indiqué que quatre personnes avaient quitté la résidence à cause de la vague de chaleur. La présence de rats et de souris dans les appartements a ajouté aux conditions insalubres, poussant son beau-frère à installer une moustiquaire sur la fenêtre de la cuisine.Les locataires cherchent des solutions auprès des autorités
En juin 2026, pour la première fois depuis six ans, leur syndicat a été reçu par la mairie et par l'Office public de l'habitat (OPH) d'Aubervilliers. Ils ont présenté leurs difficultés face au changement climatique et demandé en urgence l'installation de brasseurs d'air, de VMC et de volets pour les personnes les plus vulnérables.La vague de chaleur provoque une forte mortalité
Selon un rapport, la région Île-de-France a connu la plus forte surmortalité du 17 juin au 2 juillet 2026, avec 81 % de décès supplémentaires selon Santé publique France. Les risques sont accrus dans les villes en raison de l'effet d'îlot de chaleur urbain : les matériaux comme le ciment et l'asphalte absorbent et restituent la chaleur, rendant les zones urbaines nettement plus chaudes, surtout la nuit.Le domicile est le lieu principal des décès liés à la chaleur
En ville comme à la campagne, le logement reste le lieu où le plus de personnes meurent de la chaleur. Selon l'agence sanitaire nationale, les décès à domicile du 22 au 28 juin ont augmenté de 91 %, la hausse la plus forte, devant les Ehpad (+ 37 %) et les établissements de santé (+ 19,7 %). Ces décès ne concernent pas seulement les personnes les plus âgées mais toutes les tranches d'âge, la hausse de mortalité la plus élevée, 55 %, touchant les 45-65 ans.De nombreux logements ne protègent pas de la chaleur
Une étude publiée en 2026 par la Fondation pour le logement des défavorisés (anciennement Fondation Abbé Pierre) dresse un constat préoccupant : en France, un logement sur deux ne protège pas contre la forte chaleur et peut être qualifié de « bouilloire thermique ». Selon un rapport, la température à l'intérieur de certains logements peut dépasser nettement la température extérieure maximale au plus fort d'une vague de chaleur. Les effets de la température intérieure des logements sur le risque d'hyperthermie, de coup de chaleur, d'hospitalisation et de décès ont été insuffisamment étudiés, alors que l'exposition à la chaleur au domicile est à l'origine de plus de la moitié de ces événements.La réglementation est en retard sur la crise
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser 26 °C la nuit et entre 28 et 30 °C le jour dans les logements. Ces seuils figurent dans la réglementation environnementale 2020 (RE2020), qui encadre la construction des bâtiments neufs en France depuis 2022. Pourtant, « dans la loi, il n'existe pas de définition claire de la "bouilloire thermique" », affirme Fabien Hue, porte-parole de Locataires ensemble.Les habitants s'organisent pour lutter contre la chaleur
À Paris, sous les toits transformés en fours, des parents d'élèves, des enseignants et le collectif Dernier étage, composé de personnes vivant sous les toits, se sont réunis sous la bannière « Demain 50 degrés ». L'objectif est de tester et de diffuser des solutions individuelles et collectives pour protéger les habitants des vagues de chaleur extrême.Les initiatives collectives se multiplient après la vague de chaleur
Deux réunions, à Paris et à Lyon, ont rassemblé respectivement 200 et 150 personnes après la canicule de juin. Elles visaient à revenir sur ce que chacun avait vécu et à réfléchir aux solutions collectives à mettre en œuvre. Une étude réalisée en juillet 2025 par Locataires ensemble et Territoire zéro logement malade (TeZeLoMa) révèle que, sur 2 000 logements observés à Lyon, 62 % des fenêtres ne disposaient pas de protections solaires efficaces (volets, stores, etc.), et qu'près d'un quart de ces protections avaient disparu avec le temps « pour économiser le coût de leur entretien », notamment dans le parc locatif.Les mobilisations aboutissent à des engagements financiers
L'an dernier, Locataires ensemble a rejoint la contestation des habitants de l'immeuble de la rue du Lac, dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon, dont la majorité des logements appartient à une filiale du Crédit agricole. Cette année, après une forte mobilisation auprès des élus, la Compagnie foncière lyonnaise (CFL) a finalement débloqué, fin juin, un million d'euros pour équiper une partie de son parc locatif de volets et de brasseurs d'air au plafond.Des avancées juridiques et financières
Ces événements récents surviennent quelques semaines après le lancement de la pétition « Pas de volets, pas de loyer ! », soutenue par Locataires ensemble, la Fondation pour le logement et l'association Droit au logement (DAL), et signée par près de 58 000 personnes. Leur revendication ? Un « droit à la rénovation » qui permettrait de déduire du loyer le montant nécessaire aux travaux de rénovation « si les propriétaires refusent de les réaliser eux-mêmes », soutient Fabien Hue.Les groupes de locataires constatent des progrès
À Aubervilliers, Michelle Audrin et Fadila Adib ont fait signer 340 mises en demeure à leur bailleur social. Après six années de lutte, elles ont enfin été entendues début septembre : l'OPH s'est engagé à réaliser un audit énergétique de l'ensemble de son parc et à équiper la plupart des logements dépourvus de volets. Et, cerise sur le gâteau pour Michelle, une salle sera mise à disposition par le bailleur social début 2027 pour leurs réunions de locataires. « Six ans, c'est long, mais la lutte paie. »