Une loi française de 2025 vise à réduire les coûts de construction dans les territoires d'outre-mer en autorisant des matériaux sans marquage CE, mais les retards et les contestations menacent son impact.
La loi vise à réduire les coûts de construction
Une loi adoptée en juin 2025 vise à réduire les coûts de construction dans les territoires d'outre-mer français en autorisant l'utilisation de matériaux locaux ou importés sans le marquage CE européen. Cependant, les décrets nécessaires à la mise en œuvre de la loi n'ont pas encore été publiés, ce qui retarde son application.Les coûts de construction restent élevés
Malgré la nouvelle loi, le coût de construction d'un logement neuf dans les territoires d'outre-mer a augmenté de 30 % depuis 2020, selon CDC Habitat, un organisme public de logement. Les prix ont doublé à Mayotte par rapport à ceux de la France métropolitaine, et les matériaux à La Réunion ont subi une hausse de 39 % depuis 2018.Mise en œuvre retardée
La loi, présentée par la sénatrice socialiste Audrey Bélim, originaire de La Réunion, doit être validée par deux commissions régionales de la construction. Seize mois après son adoption, les décrets requis n'ont toujours pas été publiés. Le ministre chargé du logement, Vincent Jeanbrun, affirme que l'avis du Conseil d'État est attendu prochainement, mais la sénatrice Bélim estime désormais que la loi pourrait n'entrer en vigueur qu'au début de 2027.Des retards dus à la bureaucratie
La Fédération des entreprises d'outre-mer (Fedom) attribue ce retard aux lourdeurs administratives et à l'instabilité ministérielle. Son président, Hervé Mariton, affirme que les administrations dépassent souvent leurs prérogatives, ce qui entraîne des inefficacités. Il met en garde contre le fait que privilégier les importations au détriment de la production locale pourrait constituer une erreur politique, alors que des industries locales, comme la fabrication de briques en terre comprimée à Mayotte, sont déjà en train d'émerger.La résistance de l'industrie au changement
Un cadre dirigeant du secteur de la construction, qui s'exprime sous couvert d'anonymat, affirme qu'il ne passerait pas à des matériaux importés moins chers même si la loi le permettait, par crainte de nuire à une économie locale fragile. Les représentants du secteur avertissent également que les compagnies d'assurance pourraient bloquer l'utilisation de matériaux non certifiés CE, car elles sont les derniers décideurs pour la validation des projets de construction.Des économies limitées attendues
La Fedom s'attend à ce que la loi n'ait qu'un impact limité sur les coûts de construction. La main-d'œuvre, qui représente déjà près de la moitié des coûts de construction, restera une dépense importante. Les coûts supplémentaires liés aux essais de produits et aux nouvelles routes maritimes pourraient encore réduire les économies potentielles, comme l'illustre le cas de Cayenne, où un artisan local n'a pas réussi à trouver des importations rentables en raison des coûts logistiques élevés.La taxe carbone complique la situation
La taxe carbone européenne sur les importations de ciment et d'acier, en vigueur depuis janvier 2026, ajoute une couche de complexité supplémentaire. Alors que le Parlement européen a débattu d'une exemption pour les territoires d'outre-mer, les États membres ont plaidé pour une approche plus stricte, ce qui pourrait maintenir la taxe en place. Ce dossier est éclipsé par une crise budgétaire plus profonde dans les territoires, le financement du logement social en Guyane ayant chuté de 60 % en 2026.