Un magistrat et auteur français fait face à des menaces de l'extrême droite après un litige juridique, suscitant des appels à la solidarité et des inquiétudes sur l'indépendance de la justice.
Un magistrat menacé après un litige juridique
Youssef Badr, magistrat à Bobigny et auteur, est la cible de menaces et d'attaques à la suite d'un litige juridique avec le magazine d'extrême droite Frontières. Son éditeur, les Éditions de l'Aube, a appelé les libraires à se mobiliser en soutien à Badr, dont le livre Pour une justice aux 1000 visages : Le mythe français de l'égalité des chances a été publié en septembre 2025.L'éditrice dénonce une campagne contre l'auteur
La directrice générale de l'éditeur, Manon Viard, a condamné la campagne visant Badr et souligné l'importance de défendre les valeurs de diversité, de pluralisme, d'inclusion et de respect que celui-ci incarne. Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour cyberharcèlement et menaces à l'encontre de Badr.Un livre sur la profession juridique et les inégalités
Le livre de Badr, publié dans la collection La Société du compromis, dirigée par l'ancien secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, associe récit personnel et réflexion sur les inégalités d'accès aux professions juridiques. Fils d'immigrés marocains, Badr raconte son parcours jusqu'à la magistrature, les obstacles qu'il a rencontrés et les préjugés auxquels il a été confronté.Un livre qui interroge la méritocratie et plaide pour l'inclusion
Le livre remet en question la promesse républicaine de méritocratie et plaide pour une meilleure représentation de la société française au sein des institutions chargées de rendre la justice. Badr a également fondé La Courte Échelle, une association qui accompagne des étudiants, en particulier issus de milieux modestes, en les mettant en relation avec des professionnels du droit.Un litige avec un magazine d'extrême droite qui remonte à 2026
La polémique avec Frontières remonte au 18 juin 2026, lorsque Badr a présidé un procès ayant condamné Erik Tegnér, directeur de Frontières, à six mois de prison avec sursis et à 10 000 euros d'amende. L'affaire portait sur la publication par Frontières d'un numéro consacré à l'immigration, qui désignait des avocats spécialisés en droit étranger comme responsables d'une prétendue « invasion migratoire ».La polémique refait surface en octobre 2026
La controverse a repris à la mi-octobre 2026, lorsque Frontières a publié un numéro consacré à Badr, dont le portrait occupait la couverture, accompagné des mentions « Justice politique » et « L'énigme Youssef Badr ». Le magazine a repris d'anciens discours, des publications sur les réseaux sociaux et des interventions médiatiques du magistrat, critiquant ses prises de position en faveur de la diversité et de la lutte contre les discriminations.Les responsables judiciaires s'inquiètent
Le 15 octobre, Jacques Boulard, premier président de la cour d'appel de Paris, a exprimé sa « très vive inquiétude » face aux attaques visant Badr, qu'il juge « inédites et très préoccupantes » par leur ampleur et leur persistance. Il a rappelé que la liberté de critiquer une décision de justice ne saurait justifier une attaque personnelle contre le magistrat qui l'a rendue.Le gouvernement et les instances judiciaires réagissent
Le Conseil supérieur de la magistrature a également alerté sur un risque de déstabilisation de l'institution judiciaire. Anne Auclair-Rabinovitch, présidente du tribunal de Bobigny, a déclaré à l'AFP qu'une justice démocratique ne peut pas fonctionner si ses juges craignent des représailles pour avoir exercé leurs fonctions. Le 15 octobre, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé avoir personnellement appelé Badr pour lui apporter son soutien.Une enquête pour cyberharcèlement ouverte
Le lendemain, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête pour cyberharcèlement, à la suite d'une nouvelle vague de messages visant Badr. Confiées à l'Office central de lutte contre les crimes de haine, les investigations portent notamment sur des faits présumés de harcèlement en ligne à caractère raciste ou religieux, ainsi que sur des menaces de mort ou des atteintes aux biens dirigées contre un représentant de l'autorité publique.L'éditeur appelle à la solidarité
Manon Viard, directrice générale des Éditions de l'Aube, a souligné l'importance de la solidarité face à ces attaques venues de l'extrême droite, affirmant que la responsabilité de défendre un auteur ne saurait s'arrêter à la publication de son livre. Elle a conclu que Badr ne devait pas se sentir seul face à cela, et que personne ne devrait se sentir seul face à cela.