La colère en France s'exprime par les manifestations et les émeutes

La colère en France s'exprime souvent par des manifestations ou des émeutes, comme on l'a vu le 17 octobre, et peut aussi influencer le comportement électoral. Cette colère naît de la difficulté à faire face aux dépenses mensuelles, d'un sentiment de déclin et d'un sentiment d'insécurité, qui se traduisent à la fois par des manifestations pacifiques et par des violences urbaines.

Des partis politiques qui tirent profit du ressentiment populaire

Plusieurs partis politiques, malgré leurs orientations différentes, tirent profit de ce ressentiment pour transformer le mécontentement populaire en force électorale. L'historien Jean Nicolas note que la première cause de révolte est la pression fiscale, suivie des questions de subsistance liées aux mauvaises récoltes et à la hausse des prix alimentaires.

Les jacqueries, révélateurs d'une frustration accumulée

Les jacqueries, formes paroxystiques d'exaspération violente, sont les révélateurs de frustrations accumulées. L'explosion de violence du 17 octobre, avec des attaques contre des symboles de la République et contre des commerces, illustre le potentiel de tels soulèvements à l'époque contemporaine.

Les épreuves des Français et le climat psychologique

Le politologue Pierre Rosanvallon, dans son ouvrage Les Épreuves de la vie, décrit les épreuves auxquelles sont confrontés les Français, notamment l'expérience de la souffrance et des difficultés d'existence. Jérôme Fourquet, de l'Ifop, évoque une « déconnexion des catégories populaires », réduites à une « économie du système D ».

L'influence changeante des émotions sur le vote

Rosanvallon distingue quatre épreuves, chacune accompagnée d'une série de passions tristes, et les oppose à des aspirations compensatrices. Le climat psychologique en France est décrit comme de plus en plus morose : l'indicateur d'optimisme pour l'avenir n'atteint que 18 % en 2026, et 27 % des personnes se déclarent très pessimistes.

Un changement dans le comportement électoral et l'impuissance politique

Les politologues Anne Muxel et Pascal Perrineau notent que l'ordre des affects qui influencent le vote a changé : on vote moins par adhésion et davantage par réaction ou par opposition. Depuis le mouvement des gilets jaunes, les signes d'exaspération sont devenus plus visibles, comme le montre une vaste enquête du Cevipof.

Le désir de changement politique et l'impuissance électorale

Le désir d'un véritable changement dans la vie politique est largement répandu, en particulier chez ceux qui ont des opinions radicales, sans pour autant traduire nécessairement un extrémisme idéologique. Pour 46 % des Français interrogés, « les élections ne permettent pas de changer les choses », un chiffre qui atteint 51 % dans les catégories populaires. L'idée d'un « grand balayage » pour obtenir les changements souhaités gagne du terrain face à l'« impuissance électorale ».

Le slogan de la jacquerie électorale

Le slogan « Y en a marre ! » traduit le potentiel d'une jacquerie électorale, où le bulletin de vote devient une arme contre une classe politique jugée défaillante. Les partisans des partis radicaux estiment que la colère est en train de monter, comme le indiquent les sondages.

Des contraintes économiques qui limitent l'action du gouvernement

La situation se complique encore avec une dette publique qui atteint 119 % du PIB et le coût croissant de son financement, ce qui limite la capacité de mener de vastes plans de relance budgétaire. De nouveaux prélèvements fiscaux sont programmés, susceptibles de toucher les classes populaires et moyennes et d'aggraver l'exaspération.

La rhétorique du ressentiment en politique

Une rhétorique du ressentiment est employée par des responsables politiques pour séduire ceux qui se sentent victimes ou socialement marginalisés. Jean-Luc Mélenchon associe les exigences budgétaires de l'Union européenne à une « Europe austéritaire », tandis qu'Éric Zemmour parle au nom du rejet des partis politiques par les Français après les élections législatives de 2024.

Métaphores guerrières et message politique

Le discours de Marine Le Pen lors de la motion de censure de décembre 2024 la présente comme la défenseure des opprimés, en recourant à des métaphores guerrières pour amplifier la menace gouvernementale perçue. Chaque orateur décrit un univers anxiogène, attisant les braises de la colère pour entretenir le feu d'une éventuelle jacquerie électorale.