La souveraineté en matière de navigation, un enjeu croissant

Les nations européennes se préoccupent de plus en plus de la souveraineté en matière de navigation, à mesure que les vulnérabilités des systèmes mondiaux de navigation par satellite (GNSS) apparaissent plus clairement. Cette inquiétude tient à la dépendance de milliards d'appareils, comme les avions, les navires, les drones et les véhicules autonomes, aux GNSS pour le positionnement, la navigation et la synchronisation.

Une infrastructure critique mais vulnérable

Selon l'Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (EUSPA), les revenus mondiaux générés par les applications GNSS devraient dépasser 580 milliards d'euros d'ici 2034. Cette croissance est alimentée par les progrès de la mobilité intelligente, de la robotique et des systèmes autonomes. Toutefois, la fréquence croissante des brouillages et de l'usurpation de signaux, notamment dans des régions comme les États baltes et la mer Noire, a mis en lumière la fragilité de ces systèmes.

Galileo et les limites de la navigation par satellite

Le système européen Galileo figure parmi les GNSS les plus avancés et les plus précis au monde. S'il constitue un atout majeur pour l'autonomie technologique, il ne garantit pas à lui seul la souveraineté en matière de navigation. Un signal satellite peut être indisponible, peu fiable, voire falsifié, ce qui peut perturber des opérations critiques, tant civiles que militaires.

Les risques liés aux perturbations des GNSS

Les interférences avec les GNSS peuvent avoir des conséquences concrètes. Un drone peut être contraint d'interrompre sa mission s'il perd un signal de position fiable. Un navire peut être induit en erreur par un signal falsifié, le conduisant à croire qu'il se trouve à des kilomètres de sa position réelle. Ces perturbations soulignent la nécessité de disposer de systèmes capables de fonctionner même lorsque les signaux GNSS sont compromis.

La navigation inertielle, une solution

Les systèmes de navigation inertielle (INS) s'imposent comme une solution clé pour garantir la continuité de la navigation. Ces systèmes utilisent des gyroscopes et des accéléromètres embarqués pour mesurer les mouvements et calculer la position, l'orientation et la trajectoire, sans dépendre de signaux extérieurs. Ils sont ainsi résistants au brouillage et à l'usurpation.

La résilience avant la précision

Les systèmes de navigation modernes doivent privilégier la résilience à la seule précision. Cela implique de concevoir des architectures capables de gérer des informations manquantes, dégradées ou contradictoires. L'INS joue un rôle central dans cette évolution, en assurant une navigation fiable lorsque les signaux GNSS sont indisponibles ou sujets à caution.

L'enjeu stratégique européen des technologies de navigation

La recherche de souveraineté en matière de navigation ne relève pas seulement du domaine spatial, mais aussi des domaines technologique et industriel. L'Europe dispose d'une solide base dans les technologies spatiales, la recherche et les industries spécialisées. La France, en particulier, est en pointe grâce à une combinaison d'expertise historique, de start-up innovantes et de recherche de pointe dans des domaines tels que le quantique et l'intelligence artificielle.

Garantir l'avenir des systèmes autonomes

Maîtriser la navigation inertielle et les technologies associées est essentiel au développement de systèmes autonomes résilients. Il ne s'agit pas seulement d'améliorer la précision, mais aussi de garantir que ces systèmes puissent fonctionner de manière fiable, même lorsque les infrastructures dont ils dépendent, comme les GNSS, deviennent vulnérables.