La psychanalyste Gisèle Chaboudez avance que la brièveté du plaisir sexuel masculin aurait pu faire émerger le langage, retraçant ce lien à travers les dynamiques sexuelles préhistoriques et les textes anciens.
Un livre explore le plaisir sexuel et les origines du langage
Dans Petite préhistoire du rapport sexuel (érès), la psychanalyste Gisèle Chaboudez explore une hypothèse spéculative : la brièveté du plaisir sexuel masculin aurait pu contribuer à l'émergence du langage. Publié par les éditions érès, le livre fait partie de la collection « Figures de la psychanalyse ». Il a été écrit par Gisèle Chaboudez, psychiatre, psychanalyste et rédactrice en chef de cette même collection. L'ouvrage propose une histoire spéculative des relations sexuelles et des mots inventés pour en surmonter les limites, remontant jusqu'avant Babylone, l'écriture et la Bible.Deux formes distinctes de plaisir sexuel
Selon le livre, avant le développement du langage, existaient deux formes distinctes de plaisir sexuel qui ne convergeaient pas. Chaboudez s'appuie sur les travaux de Jacques Lacan, qui a suggéré que la détumescence chez l'homme a engendré un type particulier d'appel, qui est le langage articulé. Elle considère cette affirmation comme « complètement isolée » dans l'œuvre de Lacan, mais note qu'elle « continue de couler » à travers ses écrits.Disparition de l'os pénien
Chaboudez situe la disparition de l'os pénien, une aide osseuse présente chez la plupart des mammifères, il y a environ deux millions d'années. Les humains, en revanche, sont privés de cet os, ce qui conduit à un système vasculaire qui « tend à soustraire le plaisir de l'homme à son seuil et à suspendre celui de la femme avant son seuil ». Elle soutient que cette absence a conduit au développement d'une « cause sexuelle » parmi les origines du langage, les femmes lançant un appel vers 150 000 ans avant notre ère, qui a pris la forme de ce que Lacan appelle la lalangue, « la langue dans son état originel, équivoque ».Syntaxe sexuelle et hiérarchie
Les hommes, selon Chaboudez, ont répondu par une « syntaxe sexuelle venant des hommes », par une grammaire de propriétaires : l'homme est « celui qui a », la femme « ce qu'il a ». Cette relation hiérarchique, suggère-t-elle, a servi de rapport entre les sexes et a masqué l'absence d'un véritable rapport sexuel, que Lacan définit comme la conjonction de deux plaisirs plutôt que l'acte lui-même.Sédentarisation et écriture
Le livre retrace comment cette relation s'est intensifiée avec la sédentarisation, vers -12 000 ans, et s'est inscrite dans l'écriture. Il culmine avec « L'os de la Genèse », où le Dieu unique retire un os à Adam, interprété par Chaboudez comme la soustraction elle-même, attribuée à Dieu et compensée par la femme, aboutissant à « une seule chair ».Sagesses anciennes et énergie sexuelle
Dans les sagesses anciennes de Chine et d'Inde, comme « Le Dit du Tao ancien » et les « Anciens Tantras », on a tenté de repousser la limite du plaisir sexuel plutôt que de s'y soumettre. Dans les traditions taoïstes, la promesse de guérir toutes les maladies est liée à la réalisation de « des dizaines de coïts en un seul jour et une seule nuit sans relâcher son essence », tandis que dans les Tantras, l'énergie féminine, la shakti, est une puissance que l'homme ne perd qu'en émettant son sperme.Réinterpréter la castration
Chaboudez réinterprète également le concept de castration, affirmant qu'il ne tient pas à un risque de coupure ni à un manque d'organe, mais à une soustraction de plaisir « à l'œuvre pour les deux sexes ». Cela déplace l'attention de l'anatomie vers la « physiologie du plaisir », suggérant que le phallus, en tant que symbole, cesserait d'être nécessaire pour devenir contingent.Un texte spéculatif et exigeant
Le livre est exigeant, avec une langue dense et des données préhistoriques qui suggèrent davantage qu'elles ne prouvent. Chaboudez présente sa thèse comme une spéculation et confie son texte au lecteur « comme une bouteille à la mer ». Elle laisse ouverte la question de savoir si nous parlons à cause du manque de rapport sexuel, ou si ce manque vient du fait que nous parlons, la réponse étant : « Les deux sont vrais. »