Le camp de la « jungle » de Calais démantelé en 2016

Il y a dix ans, la « jungle » de Calais, un vaste camp de migrants situé dans le nord de la France, était démantelée. Le site, qui a accueilli jusqu'à près de 10 000 personnes souhaitant rejoindre le Royaume-Uni, a été évacué lors d'une opération de grande ampleur le 24 octobre 2016, les forces de l'ordre transférant les migrants vers des centres d'accueil répartis dans toute la France.

La nature reprend ses droits

Aujourd'hui, le secteur où se dressait autrefois la jungle est presque méconnaissable. Un épais brouillard s'élève sur le littoral de Calais, révélant une lande couverte de bruyère et peuplée de quelques moutons. Un bunker de la Seconde Guerre mondiale, désormais orné d'une étiquette portant les mentions « Bon voyage » et « Border Kill », se dresse comme un silencieux rappel du passé.

Les humanitaires se souviennent de la jungle

Pour ceux qui ont travaillé dans la jungle, les souvenirs restent vifs. Ferri Matheeuswen, humanitaire néerlandaise installée à Calais depuis plus de vingt ans, se rappelle les débuts chaotiques du camp, en avril 2015, lorsque des migrants sont arrivés avec casseroles et poêles, transformant peu à peu la zone en un village de fortune. Elle décrit la jungle comme sa « seconde maison », emplie de l'odeur de la fumée, de la musique et de la chaleur des amitiés nouées avec les résidents.

Vie communautaire et tensions

La jungle est devenue un microcosme de la vie, avec ses restaurants, une église, une mosquée et même une boîte de nuit. Michel Tranchant, retraité qui apportait autrefois de la nourriture aux migrants, se souvient de l'atmosphère animée du lieu. Le camp a toutefois aussi engendré des conflits, en raison de la surpopulation, des conditions insalubres et des tensions. Rasta, un habitant de la région qui a contribué à la construction des abris, se souvient du chaos des personnes qui se précipitaient vers les ferries pendant les embouteillages, criant en soudanais.

Réactions locales et impact

La présence de la jungle a profondément marqué les habitants de Calais. Certains d'entre eux, comme Michel, ont subi l'ostracisme en raison de leur soutien aux migrants. D'autres, comme le couple Devaux, qui a accueilli un réfugié chez lui, ont essuyé l'hostilité de leurs voisins. Malgré ces difficultés, ils estiment que la jungle a rapproché les gens et fait évoluer les mentalités.

La fin d'une époque

Le démantèlement de la jungle, en 2016, a été un événement traumatisant pour beaucoup. Ferri Matheeuswen raconte avoir donné aux migrants des numéros de téléphone afin de pouvoir suivre leurs déplacements, tandis que Michel décrit la tristesse de voir le camp disparaître. Rasta, qui a refusé d'assister à la fin, l'a qualifié de « laboratoire de la coexistence », malgré les épreuves.

Héritage et leçons

Si la plupart s'accordent à dire que la jungle était devenue ingérable, les avis divergent quant à la question de savoir si son démantèlement était la bonne solution. La maire de Calais, Natacha Bouchart, affirme qu'il était nécessaire, tandis que d'autres estiment que des solutions alternatives auraient pu être explorées. Dix ans plus tard, le souvenir de la jungle persiste, façonnant encore la vie de ceux qui l'ont vécue.