Un siècle après le congrès Solvay, la théorie de l'onde pilote de de Broglie refait surface comme alternative déterministe à l'aléatoire de la mécanique quantique.
Une rencontre historique a façonné la mécanique quantique
Il y a près d'un siècle, lors du cinquième congrès Solvay à Bruxelles, la mécanique quantique moderne a vu le jour. Deux visions du monde s'y affrontèrent : d'un côté, l'école de Copenhague, menée par Niels Bohr, Werner Heisenberg et Max Born, qui soutenait que le monde est intrinsèquement aléatoire et régi par des probabilités ; de l'autre, Albert Einstein, qui défendait le déterminisme classique. Une troisième voie fut proposée par Louis de Broglie, physicien français, longtemps délaissée mais qui a récemment retrouvé de l'intérêt.Introduction de la dualité onde-particule
De Broglie a introduit l'idée d'associer une onde à chaque électron, ce qui a conduit au concept de dualité onde-particule. Cette idée a été formalisée dans l'équation de Schrödinger en 1926. Cette dualité se manifeste dans l'expérience des fentes de Young, où des électrons envoyés un à un créent des figures d'interférence sur un écran, suggérant qu'ils se comportent à la fois comme des particules et comme des ondes.Une alternative à l'aléatoire
Pour répondre à cette difficulté, de Broglie a proposé la théorie de l'onde pilote, selon laquelle les particules sont guidées par une onde quantique, un peu comme un surfeur sur une vague. Cette théorie fut critiquée par l'école de Copenhague, puis abandonnée par de Broglie lui-même. Elle a été redécouverte en 1952 par David Bohm et est aujourd'hui connue sous le nom de théorie de de Broglie-Bohm, ou théorie dBB. Cette théorie offre un cadre déterministe, préserve les trajectoires des particules et apporte une résolution à des paradoxes quantiques comme celui du chat de Schrödinger.Défi récent et réponse
Récemment, la théorie dBB a été confrontée à une expérience menée par Jan Klaers et son équipe, publiée dans Nature. Cette expérience portait sur des photons traversant une microbarrière ; l'équipe affirmait que la théorie dBB prédisait une vitesse nulle à l'intérieur de la barrière, ce qui contredirait les résultats observés. Toutefois, une analyse ultérieure menée par Aurélien Drezet et ses collègues a montré que la théorie dBB est en fait compatible avec les résultats expérimentaux, lorsqu'on prend en compte les propriétés optiques et le flux d'énergie.Débat en cours et recherches futures
La théorie dBB reste un sujet de débat, notamment dans les domaines de la théorie quantique des champs et de la gravitation quantique, où des extensions de la théorie pourraient s'avérer nécessaires. Malgré ces difficultés, le pouvoir explicatif de la théorie, fondé sur des trajectoires claires, en fait une alternative convaincante aux interprétations probabilistes de la mécanique quantique.