Un documentaire sur la vie et l'héritage de Jean Zay est projeté, révélant ses écrits, son expérience carcérale et sa résistance politique sous le régime de Vichy.
Documentaire projeté au ciné-club
Le 22 septembre 2026, le documentaire Haute Solitude a été projeté au Reflet Médicis dans le cadre du ciné-club de L'Histoire. La soirée comprenait un échange entre le réalisateur Laurent Véray et l'historien et critique de cinéma Antoine de Baecque.Une inspiration venue de la famille de Jean Zay
Laurent Véray a expliqué que l'idée de réaliser un film sur Jean Zay lui était venue en 2013, lorsqu'il a rencontré les filles de Jean Zay, Catherine et Hélène, qui lui ont donné accès aux archives de leur père, notamment une soixantaine de photographies prises pendant son incarcération à la prison de Riom. Véray avait un lien personnel avec ce sujet : il avait travaillé au journal La Montagne à Riom et avait fréquenté le groupe scolaire Jean Zay en maternelle et en primaire.L'accès aux documents de Jean Zay
Laurent Véray a reçu un disque dur contenant l'ensemble des documents de Jean Zay, parmi lesquels des lettres et le livre Souvenir et Solitude, écrit par Jean Zay en prison. Le film s'appuie sur ces matériaux pour explorer la vie et la pensée de Jean Zay pendant sa détention.Image en noir et blanc et style historique
Laurent Véray a évoqué le choix du noir et blanc, destiné à établir un lien avec les photographies historiques et à effacer discrètement les traces du présent. Le film passe à la couleur à la fin, pour illustrer des retours en arrière sur la vie de Jean Zay, avec des images de sa famille, de sa carrière politique et de sa jeunesse.Collaboration avec un cinéaste expérimental
Laurent Véray a travaillé avec le cinéaste expérimental Othello Vilgard à la réalisation d'une séquence représentant l'inconscient de Jean Zay juste avant sa mort. Cette séquence ajoute une dimension psychologique au portrait des derniers instants de Jean Zay.L'œuvre littéraire de Jean Zay
L'écriture a été décrite comme essentielle à la survie et à la résistance de Jean Zay. Il a beaucoup écrit en prison, notamment des romans policiers, des nouvelles et des méditations, et il a lu Victor Hugo, Zola, Proust et Shakespeare. Son écriture a également été une forme de résistance : il a notamment retranscrit le procès de Riom pour son épouse, Madeleine, qui les a fait paraître clandestinement dans le journal La Montagne.Archives et collaborateurs
Laurent Véray a sélectionné des archives qui illustrent la vie quotidienne de Jean Zay en prison, sa carrière politique et ses réflexions personnelles. Il a collaboré avec Éric Caravaca en trois étapes : l'enregistrement d'une première version du scénario, un travail sur la voix et le rythme avec Isabelle Poudvine, puis un nouvel enregistrement du scénario afin de mieux incarner les textes de Jean Zay.Le versant intime de Jean Zay
Les photos de famille offrent un regard intime sur la vie de Jean Zay, en montrant son rôle de père de famille et en ajoutant de l'humanité à l'image du prisonnier politique. Sa dernière lettre est signée de son nom complet, ce qui traduit un ton plus solennel et laisse penser qu'il s'agit de ses derniers mots.Contexte juridique et historique
Jean Zay a été condamné par le tribunal militaire de Vichy pour désertion et trahison. Deux des miliciens qui l'ont exécuté sont morts dans les combats de la Libération, tandis que le troisième s'est enfui en Espagne, a été arrêté en 1953 et condamné à une peine de prison, dont il a été libéré au bout de deux ans. Le corps de Jean Zay a été identifié trois ans après son assassinat, grâce au témoignage de ce milicien.Héritage et portée politique
À la Libération, on pensait que Jean Zay aurait un avenir politique important. Ses proches ont entretenu sa mémoire, et ses textes ont été publiés en 1946. Il est entré au Panthéon en 2015. Son procès a été mené par le même tribunal que celui qui avait condamné de Gaulle et d'autres responsables politiques ayant résisté à Pétain.Comparaisons et parallèles historiques
Laurent Véray a suggéré que Jean Zay avait le profil pour rejoindre la France libre de de Gaulle. Jean Zay n'a pas tenté de s'évader, sans doute par souci pour la sécurité de sa famille. Une comparaison a été établie entre Jean Zay et Marc Bloch, qui ont tous deux analysé la société de leur temps avec une grande finesse pendant leur détention.Fidélité du film et exactitude historique
Laurent Véray ne s'est pas inspiré d'une pièce de théâtre fondée sur les écrits de Jean Zay, mais il a reconnu que certains éléments pouvaient se recouper en raison du sujet. Des responsables politiques juifs, comme Léon Blum, ont été les seuls survivants d'une persécution au cours de laquelle Jean Zay, Georges Mandel et Victor Basch ont été assassinés à peu près au même moment. Les ordres d'assassinat de Jean Zay venaient de Darnand, comme le révèlent les archives départementales de Clermont-Ferrand. Le film n'a fait l'objet d'aucune censure, et Laurent Véray a souligné l'importance de cette histoire pour mettre en lumière les dangers de la persécution politique.