La décomposition ne se limite pas aux vers

Contrairement à une idée répandue, les corps enterrés dans des cercueils ou des caveaux ne finissent pas « mangés par les vers ». La décomposition des corps dépend de plusieurs facteurs, notamment la température, la présence ou l'absence d'oxygène, les insectes et les animaux.

Transformations chimiques pendant la décomposition

Lorsqu'un corps se décompose, de nombreux composés chimiques se forment, dont certains, comme l'adipocire, modifient le devenir du corps. L'inhumation a également des conséquences environnementales, comme en témoigne l'altération des sols des cimetières, qui pourrait aussi ralentir la décomposition des corps.

Pratiques funéraires humaines

En France, environ 2 000 décès surviennent chaque jour. Dans des conditions naturelles, la décomposition des corps d'animaux est principalement due à l'action des charognards et des insectes nécrophages. Cependant, dans la plupart des cas, les corps humains font l'objet de procédures funéraires qui les isolent des cycles naturels de décomposition.

Composition du corps et décomposition précoce

Le corps d'un adulte pesant 70 kg contient environ 43 kg d'eau, 11 kg de protéines, 10 kg de graisses et 4 kg de minéraux, présents principalement dans les os. Après la mort, ces différents éléments subissent des processus de décomposition inévitables et irréversibles.

Signes visibles des premiers stades de la putréfaction

Les premiers signes visibles de la putréfaction sont le changement de couleur de la peau, qui prend une teinte verdâtre en quelques jours, et le gonflement de l'abdomen. Ils résultent de la prolifération des bactéries provenant du tube digestif, qui se répandent et produisent des gaz de décomposition.

Activité des insectes et décomposition

Pour les corps exposés à l'air libre, l'activité des insectes devient rapidement visible, avec la présence de mouches et de masses d'asticots. Leur développement dépend de la température : en été, quelques jours peuvent suffire pour transformer le corps en une masse grouillante.

Stades avancés de la décomposition

L'étape suivante est la putréfaction avancée, qui correspond à la liquéfaction des organes. Pendant la phase de dessèchement, le corps perd progressivement son eau et sa chair. Enfin, les tissus secs et la matière organique des os finissent par se décomposer. C'est la squelettisation.

Conditions d'inhumation et de décomposition

L'inhumation modifie radicalement les processus de décomposition. La mise en bière puis l'enterrement isolent, du moins au départ, le corps de son environnement. En France, une épaisseur minimale d'1 m de terre est requise entre le couvercle du cercueil et la surface du sol.

Activité microbienne dans les sépultures

La dite règle de Casper résume bien cette décomposition lente sous terre. Des chercheurs ont suivi la décomposition de 16 corps humains pendant un an, constatant que les populations microbiennes évoluent au fil de la décomposition. La disponibilité en oxygène est en effet un paramètre fondamental des processus de décomposition.

Formation de l'adipocire

Dans certaines conditions d'inhumation, avec peu d'oxygène et une forte humidité, les tissus graisseux peuvent aussi subir une transformation très particulière : la formation d'adipocire. Cette substance pâteuse et grisâtre résulte de réactions chimiques naturellement associées à la putréfaction.

Décomposition des os et des dents

Enfin, les os et les dents se décomposent sur des échelles de temps bien plus longues, pouvant facilement s'étendre sur plusieurs siècles, ce qui explique l'intérêt de ces éléments sur le plan archéologique. Leur dégradation repose sur une fragmentation physique : les os « se cassent » en raison de la perte progressive de leur fraction organique.

Sous-produits de la décomposition

Les résidus de la décomposition se présentent en partie sous forme liquide : il s'agit des liquides cadavériques et des lixiviats. À ces liquides de décomposition s'ajoutent des émissions gazeuses. Au cours de la décomposition cadavérique, la dégradation des différents composants du corps produit plus de cinquante composés volatils.

Impact environnemental de la décomposition

La plupart des micro-organismes décomposeurs utilisent l'azote présent dans les protéines des corps comme source d'énergie. Cet azote est ensuite libéré sous forme d'ammoniac. Dans des conditions favorables, la transformation de l'ammoniac donne des nitrites, puis des nitrates. Ces réactions sont inhibées dans les inhumations profondes où l'oxygène est rare.

Contamination chimique liée aux inhumations

L'ammoniac et les autres résidus de la décomposition s'accumulent dans le sol et peuvent contaminer les eaux souterraines. À ces composés organiques issus de la décomposition s'ajoutent des apports liés à la fabrication des cercueils (colles et vernis, fixations, rembourrages, etc.) et à la conservation des corps (formaldéhyde).

Altération des sols et décomposition

On observe ainsi la présence de plomb, autrefois utilisé pour rendre les cercueils étanches, ou d'arsenic, destiné à conserver les corps et massivement utilisé au XIXe siècle. Cette altération du sol pourrait être responsable d'un ralentissement de la décomposition des corps.

Expérience sensorielle pour les médecins légistes

En tant que médecin légiste, la rencontre avec la mort fait partie de notre pratique quotidienne. La rencontre avec des corps putréfiés relève également de cette réalité ordinaire. Elle comporte toutefois toujours une dimension particulière : selon le degré de dégradation atteint, le corps ne présente plus les caractéristiques d'un être vivant.

Variabilité de la décomposition

L'ensemble de ces perceptions varie fortement selon l'état de dégradation du corps, mais aussi selon les conditions dans lesquelles il a été conservé. Ainsi, pour une même durée de séjour d'un corps dans la terre, les résultats peuvent différer sensiblement selon que des soins funéraires de thanatopraxie ont été pratiqués ou non.