Depuis plus d’une semaine, des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants ont lieu aux abords des barricades, avec des signalements de blessés graves des deux côtés. Dans cette atmosphère de tension croissante, la question se pose de savoir qui profite de l’escalade de la violence. Pour en débattre, Françoise Degois, éditorialiste politique, et Yves Thréard, rédacteur en chef adjoint du Figaro, ont échangé leurs points de vue. Françoise Degois estime que les gouvernements précédents portent une part importante de responsabilité dans la situation actuelle. Elle souligne l’inconstance des directives ministérielles, qu’elle impute à un renouvellement rapide des ministres, ainsi qu’une gestion défaillante du budget de l’Éducation nationale. Degois reproche au gouvernement actuel de ne pas avoir su endiguer la dégradation des conditions dans de nombreux lycées, en particulier dans les zones défavorisées. Selon elle, celui-ci « n’aurait rien vu venir » et privilégie une réponse par la force excessive, déclarant : « black blocs ou pas, on ne tire pas sur des adolescents. » Tout en reconnaissant la nécessité d’une réponse ferme, Yves Thréard estime que les actions du gouvernement se justifient en partie par la présence d’éléments radicaux au sein des manifestations. Pour lui, « ce sont les casseurs qui tuent le mouvement ». Thréard relève également que l’incapacité du gouvernement à répondre aux revendications des manifestants s’explique par la situation économique du pays, affirmant : « le gouvernement n’a rien à offrir parce qu’il n’a pas les moyens. » Malgré leurs divergences sur les causes des troubles, Degois et Thréard s’accordent sur l’urgence de reconstruire le système éducatif français. Ils soulignent que cela exige « du courage politique », Degois concluant que « qu’on soit de gauche ou de droite, l’Éducation nationale reste le socle du pays. »