Le procès de trois hommes a débuté aujourd’hui devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales, dans le sud de la France. Ils sont accusés d’avoir déclenché un incendie qui a coûté la vie à huit personnes dans la nuit du 13 au 14 février 2022. L’incendie s’est déclaré à Saint-Laurent-de-la-Salanque, une petite commune située à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Perpignan, et a rapidement ravagé deux bâtiments. Classé comme criminel dès son origine, l’incendie aurait été provoqué de manière volontaire, selon les enquêteurs. Le feu aurait pris dans une épicerie située au rez-de-chaussée de l’un des bâtiments, après avoir été arrosé d’essence. Un homme algérien, Madjid M., a été retrouvé grièvement brûlé à proximité du lieu du sinistre et est devenu le principal suspect. L’analyse de ses vêtements a révélé des traces d’essence. Deux mois après les faits, Madjid M. a reconnu avoir allumé l’incendie, mais a affirmé avoir agi sur ordre de Khaled B. A., le gérant de l’épicerie. Selon ses déclarations, Khaled lui aurait proposé un emploi futur et une aide pour l’obtention de papiers en échange de l’incendie, afin de toucher l’argent de l’assurance. Les avocats de Madjid M., Me Gérald Brivet-Galaup et Me Héloïse Dulieu, estiment qu’il a été manipulé et utilisé pour commettre un crime d’une extrême gravité. Khaled B. A., 46 ans, et son frère Raouf, 44 ans, tous deux de nationalité tunisienne et arrivés en France dans les années 2010, nient toute implication et minimisent leurs liens avec Madjid M. Pourtant, des témoignages indiquent que Madjid logeait chez Raouf et l’aidait occasionnellement à l’épicerie. Les deux frères, en proie à des difficultés financières, envisageaient notamment l’achat d’un bar ensemble. Le juge d’instruction estime que cette pression financière aurait pu les pousser à organiser l’incendie pour percevoir l’indemnisation de l’assurance. Il souligne qu’un récent renforcement du système de prévention incendie dans le magasin et une modification du contrat d’assurance, cinq jours avant le sinistre, avaient augmenté le montant des compensations en cas de catastrophe. Me Elise Arfi, avocate de Khaled B. A., conteste la théorie de la fraude à l’assurance, faute de preuves solides. Le procès devrait se poursuivre jusqu’au 16 octobre. Cinquante-cinq personnes se sont constituées parties civiles, cherchant à faire reconnaître leur statut de victimes et à voir reconnaître leur souffrance. Nicolas Nassier, avocat d’une des familles des victimes, explique que ces parties civiles veulent que les accusés assument leur responsabilité dans cette tragédie.