Les nouvelles règles de tri des déchets à Mayotte visent à réduire la pression sur les décharges, Citeo et Nayma ayant touché 70 000 foyers grâce à une vaste campagne de sensibilisation.
Simplification du geste de tri à Mayotte
Depuis la mise en œuvre de « la simplification du geste de tri » le 1er mai 2026, l'éco-organisme Citeo a lancé une vaste campagne de sensibilisation en partenariat avec l'association de réinsertion Nayma. L'opération s'est achevée la semaine dernière, et les responsables de Citeo font état d'un premier bilan positif : 70 000 foyers mahorais ont été touchés, soit les deux tiers des foyers de l'île.Consignes de recyclage élargies
Depuis le 1er mai 2026, tous les emballages en plastique et en métal sont acceptés dans les bacs jaunes, y compris les bouteilles, les pots de yaourt, les barquettes, les films et les sachets. Cette simplification vise à encourager les Mahorais à trier davantage de déchets, alors que le centre de stockage des déchets du territoire (ISDND de Dzoumogné) approche de la saturation.Préparation simple avant recyclage
Il n'est pas nécessaire de laver les emballages avant de les jeter ; il suffit de les vider et d'enlever les principaux résidus alimentaires. Les bouteilles peuvent être écrasées pour gagner de la place, mais il ne faut pas imbriquer les emballages les uns dans les autres, car cela pourrait perturber leur séparation au centre de tri. Les flacons de shampoing et les autres emballages de salle de bains sont également concernés par les nouvelles consignes.Collaboration avec une organisation de réinsertion
Pour accompagner ce changement, Citeo s'est associé à Nayma, une organisation de réinsertion professionnelle spécialisée dans les emplois liés à l'environnement. De juin à début octobre, 54 salariés ont sillonné les 17 communes de Mayotte, allant à la rencontre des habitants dans les rues et de porte à porte, y compris dans les zones les plus reculées.Atteindre les zones isolées
Selon le bilan, environ 70 000 foyers ont effectivement été touchés par la campagne, soit près des deux tiers des foyers mahorais. À Mamoudzou, où l'objectif initial était de 16 000 foyers, les équipes en ont rencontré plus de 22 000.Informer les habitants sur le tri
Le travail partait parfois de zéro. Dans certains quartiers précaires, certains habitants ne savaient même pas de quoi il s'agissait. « Ils avaient remarqué les bacs pour certains, mais ne savaient pas à quoi servait cette installation », explique Assima, l'une des salariées de Nayma qui ont parcouru les villages de Mayotte pour sensibiliser la population.Un accueil variable selon les publics
Sur le terrain, l'accueil a été variable. Assima a constaté que les jeunes étaient en général « plus réceptifs », en partie parce qu'ils avaient déjà été sensibilisés au tri à l'école. Pour certaines personnes âgées, en revanche, la démarche était totalement inconnue. Il n'était pas question d'insister auprès des habitants réticents : l'objectif était d'informer, non de contraindre.Des difficultés d'accès
Cependant, une difficulté revenait souvent dans les échanges : la distance qui sépare des points de collecte. Pour les habitants sans véhicule, transporter leurs déchets triés jusqu'aux bacs pouvait vite devenir décourageant. Mayotte compte actuellement 238 points de tri, répartis sur l'ensemble des communes. Ce maillage reste insuffisant selon Citeo, qui prévoit d'installer cinquante bacs supplémentaires.Problèmes logistiques et d'entretien
Leur installation se heurte toutefois à des difficultés d'accès, notamment dans les quartiers où le réseau routier ne permet pas facilement le passage des camions de collecte. Les équipements existants subissent également des dégradations importantes. Les autocollants rappelant les consignes sont parfois arrachés en quelques jours. Citeo envisage donc de recourir à des marquages au pochoir, plus durables.Dépôts inappropriés
Autre problème : les déchets déposés dans les mauvaises colonnes ou les gros sacs fermés, qui compliquent, voire empêchent, leur traitement. Faut-il réduire les ouvertures des bacs pour limiter les erreurs, au risque de décourager les usagers, obligés d'introduire leurs emballages un par un ? Ou faut-il les élargir pour faciliter le dépôt ? Pour Nicolas Moulin, tout l'enjeu est de trouver « le bon équilibre pour répondre aux différents problèmes rencontrés ».Volumes actuellement traités
Citeo traite actuellement environ 600 tonnes de déchets triés par an à Mayotte : 300 tonnes de plastiques et de métaux, 150 tonnes de verre et 150 tonnes de papier et de carton. Une fois collectés, les matériaux sont acheminés vers le centre de tri de Longoni, exploité par STAR Mayotte, où ils sont séparés avant d'être envoyés vers des installations de recyclage situées hors du territoire.Des défis liés au transport
Les plastiques et les métaux partent vers la France, tandis que le papier et le carton sont dirigés vers des marchés asiatiques (principalement l'Inde et la Thaïlande). Cette dépendance au transport maritime allonge les délais et augmente le coût des opérations. Lorsque les navires doivent contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance au lieu d'emprunter le canal de Suez, les trajets peuvent passer de 4 ou 5 semaines à 8 ou 9 semaines.Initiatives de recyclage local
« Mais c'est un problème qui concerne tous les types de marchandises », nuance Nicolas Moulin. À Mayotte, les possibilités de recyclage local restent limitées, même si certaines initiatives existent, notamment autour des plastiques rigides (Habit’âme, par exemple), et que certains porteurs de projets réfléchissent à des moyens de recycler localement le papier et le carton. Nicolas Moulin estime que ce dernier secteur est le plus prometteur pour le recyclage local.Efforts de sensibilisation à venir
La campagne de sensibilisation ne s'arrêtera pas à cette première opération. Citeo prévoit une nouvelle campagne média à partir de fin novembre, tout en poursuivant son travail avec les communes pour densifier le réseau de collecte. L'éco-organisme réfléchit également à des moyens d'inciter les habitants à mieux trier. Des programmes de récompense, comme Douka Tri, qui récompensent les apports de déchets, font partie des options envisagées.Maintenir l'effort
Au-delà de la simplification des consignes, le défi reste considérable : détourner le plus possible de déchets du centre de stockage de Mayotte (ISDND), dont la capacité n'est pas illimitée et qui a également été partiellement endommagé par Chido. Il est toutefois nécessaire que chaque habitant puisse accéder facilement à un bac de tri, et Citeo poursuit son travail en ce sens.