Nouvelle adaptation des Misérables au cinéma : un film qui fait parler de lui

Une nouvelle adaptation des Misérables, réalisée par Fred Cavayé, attire l'attention pour sa représentation de Jean Valjean, interprété par Vincent Lindon, et pour son approche du contexte historique et social du roman de Victor Hugo.

Une rupture avec le réalisme social

Le film est remarqué pour sa rupture avec le réalisme social qui a historiquement caractérisé les adaptations précédentes de l'œuvre, lesquelles ont compté des acteurs comme Jean Gabin, Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, et même Gérard Depardieu dans une version télévisée.

Un Valjean antithéâtral

La interprétation de Lindon, un personnage qui traverse différents régimes politiques dans la France du XIXe siècle, a été qualifiée d'antithéâtrale. Elle apporte un regard anachronique sur les interactions du personnage, notamment dans une scène où il s'en prend au système judiciaire punitif par un discours sur l'équité.

Une tendance du cinéma contemporain

Le film a été rapproché d'une tendance du cinéma contemporain souvent désignée sous le nom de « blockbuster patrimonial », un style de production qui mêle l'esthétique des séries télévisées à de grands costumes historiques.

Critique de la construction des personnages

Cette approche a été critiquée pour faire des personnages des réservoirs de backstories, les détails historiques étant souvent omis ou simplifiés. La chronologie du récit est décrite comme floue, ce qui rend difficile la compréhension de la manière dont les expériences de Valjean sont façonnées par les régimes politiques qu'il traverse.

Un manque de contexte historique

La représentation des Thénardier, interprétés par Camille Cottin et Benjamin Lavernhe, a également été relevée pour son manque de contexte historique : leur ascension vers la petite bourgeoisie est montrée sans explication des mutations sociales du début du XIXe siècle.

Des oppositions abstraites

Le traitement des événements historiques par le film a été critiqué pour reposer sur des oppositions abstraites, telles que le bien et le mal, les riches et les pauvres, ou l'ombre et la lumière, ce qui conduit certains à y voir l'une des scènes les plus absurdes du film.

Dépolitiser Les Misérables

Si le film a été accusé de dépolitiser Les Misérables, il a aussi été relevé pour son approche narrative, qui place les problèmes structurels sur la responsabilité individuelle.

Un développement simplifié du personnage

Cela se vérifie dans la représentation de Javert, l'inspecteur interprété par Tahar Rahim, présenté comme le fils d'une femme bohémienne qui l'aurait contraint à voler lorsqu'il était enfant. Malgré cette histoire complexe, l'évolution psychologique du personnage est simplifiée : ses actes lors des insurrections de 1832 sont ramenés à un traumatisme personnel plutôt qu'à une question systémique.

Critique de la représentation sociale

Le film a également été critiqué pour présenter les pauvres comme brutaux et incapables d'exprimer leurs propres revendications, le seul personnage porteur d'idées révolutionnaires étant Marius, un personnage bourgeois. Cela a conduit à réclamer une adaptation plus radicale des Misérables, qui aborderait ces questions de façon plus directe.