Enquête sur la consommation de séries télévisées en France

Une enquête sociologique menée en 2022 par Hervé Glevarec, Clément Combes et Thibaut de Saint Maurice a examiné la manière dont plus de 2 000 personnes en France consomment des séries télévisées. Cette étude prolonge un projet de recherche lancé en 2017 et doit être reconduite en 2027 dans le cadre du programme ERC Demoseries, qui explore la façon dont les séries télévisées influencent les représentations de la société, notamment les perceptions de la sécurité.

Une mutation culturelle des séries depuis les années 1990

Les séries télévisées ont connu une profonde transformation culturelle depuis les années 1990, portée par la diversification des contenus et l'essor des chaînes payantes comme HBO. L'apparition d'Internet et la possibilité de télécharger illégalement des séries non françaises, en particulier américaines, ont contribué à ce changement. Les séries américaines sont passées d'un format à épisode unique à une narration plus feuilletonnante, avec de longs arcs narratifs, ce qui a modifié la manière dont le public les regarde.

L'impact des plateformes de vidéo à la demande

L'essor des plateformes de vidéo à la demande (VOD) comme Netflix, Hulu et Disney+ a largement remplacé le piratage comme moyen d'accéder aux séries. Selon l'enquête, jusqu'à 86,8 % des 18-30 ans utilisent les services de VOD, tandis que la consommation de télévision en direct n'atteint plus que 30,7 % dans cette tranche d'âge. En revanche, la télévision en direct reste populaire chez les plus de 71 ans, dont 76,1 % continuent de la regarder régulièrement.

Un environnement en pleine évolution

« L'écologie de la consommation de séries » a sensiblement changé avec l'essor des plateformes numériques. Si l'on regarde toujours principalement les séries à domicile, on ne se limite plus au salon ou à la cuisine. Les spectateurs regardent désormais sur leur ordinateur portable, dans leur chambre, ce qui traduit une forme de consommation plus individualisée et plus ritualisée. Cette évolution a renforcé le lien entre le public et les séries qu'il regarde, les spectateurs étant attirés par des contenus qui reflètent leur vie personnelle et leurs identités.

Une audience morcelée et l'attrait des personnages

L'enquête montre que si certaines séries, comme Game of Thrones, attirent de larges audiences, la plupart des séries ont une audience morcelée. Les personnages des séries contemporaines sont souvent décrits comme « intelligents », capables de faire face à des situations complexes sans être pour autant des « génies ». Les spectateurs sont particulièrement attachés aux personnages en détresse, comme Walter White dans Breaking Bad ou Thomas Shelby dans Peaky Blinders, qui réussissent dans des situations difficiles malgré leurs imperfections morales.

Une représentation hyperréaliste et le reflet de la société

Les séries télévisées se distinguent par une représentation « hyperréaliste » à la fois de l'anticipation et du réel. Elles abordent souvent des enjeux contemporains et reflètent un monde complexe, permettant aux spectateurs de découvrir différentes communautés et d'élargir leur vision du monde. Des facteurs économiques, comme l'économie du « club » propre aux chaînes payantes, permettent aux maisons de production de prendre des risques créatifs et de segmenter leur offre sans viser le grand public.

Publications et travaux connexes

L'étude, intitulée Des séries qui comptent. Sociologie d'un goût contemporain, a été publiée par les Éditions de l'Aube en avril 2026. Un ouvrage connexe, Takingseries seriously ?, de Sandra Laugier, a été publié par les Éditions du CNRS en septembre 2026.