Kurt Schwitters (1887–1948), figure majeure de l’art moderne et fondateur du mouvement Merz, est au cœur d’une nouvelle exposition au Musée national Picasso-Paris. Intitulée Kurt Schwitters – Le Chaos-Monde, 1918-1948, celle-ci se tiendra du 6 octobre 2026 au 7 février 2027, et le magazine Beaux Arts a également publié un portrait de l’artiste. Peintre, graphiste, sculpteur, architecte et poète phonétique, Schwitters a collaboré avec des artistes comme Raoul Hausmann et Jean Arp. Il a rejeté l’exclusivité du mouvement Dada pour se rapprocher d’artistes prônant l’art abstrait à travers le monde. Schwitters est notamment connu pour avoir collecté des matériaux de rebut afin de créer le Merzbau, une installation éphémère et en constante évolution qu’il a continué à reconstruire pendant son exil, de 1937 jusqu’à sa mort. Né à Hanovre en 1887, Schwitters étudie la peinture à l’Académie des beaux-arts de Dresde de 1909 à 1914. Ses premiers portraits de son épouse, Helma Fischer, s’éloignent déjà des styles traditionnels. Mobilisé en 1914, il est réformé en 1917 pour raisons de santé et travaille ensuite dans une aciérie à Wülfel. En 1918 naît son fils Ernst Schwitters, qui deviendra plus tard un photographe de renom. Le style pictural de Schwitters évolue progressivement vers l’abstraction. Il expose ses premières collages à la galerie berlinoise Der Sturm, où son travail attire l’attention de Jean Arp et Hannah Höch. En 1919, il adopte la syllabe « Merz » à partir d’une enseigne bancaire, qui deviendra un thème récurrent dans son œuvre. Son poème À Anna-Fleur (An Anna-Blume) connaît un vif succès. Son association avec Der Sturm lui vaut la méfiance de Richard Huelsenbeck, ce qui le conduit à être exclu de la Foire internationale de 1920. Schwitters publie un manifeste critiquant le dadaïsme berlinois et, avec Hannah Höch et Raoul Hausmann, rompt avec la scène Dada de Berlin en 1921. Il participe au Congrès Dada-constructiviste de 1923 près de Weimar et collabore avec des artistes comme Theo Van Doesburg et El Lissitzky pour le magazine Merz, qu’il fonde en 1923. En 1932, il contribue au dernier numéro de Merz avec un poème phonétique intitulé L’Ursonate. En 1937, le Merzbau de Schwitters est intégré à l’exposition Art dégénéré à Munich, l’obligeant à quitter l’Allemagne. Son épouse reste en Allemagne pour gérer les biens familiaux et le Merzbau, qui sera plus tard détruit par les bombardements. Schwitters s’installe alors à Lysaker, en Norvège, avant de fuir vers la Grande-Bretagne après l’invasion allemande de la Norvège en 1940. En raison de sa nationalité allemande, il est interné sur l’île de Man, où il crée de petites figures abstraites et reprend la peinture. En 1945, Schwitters arrive à Londres et est accueilli par le critique Herbert Read et l’artiste Ben Nicholson. Une bourse du Museum of Modern Art (MoMA) lui permet d’acheter une grange à Ambleside, où il commence en 1947 la construction du Merzbarn. Il meurt en 1948, entouré de sa compagne, Edith Thomas. Son œuvre a influencé des artistes ultérieurs tels que Richard Rauschenberg, Joseph Beuys, Arman et Mario Merz. Parmi ses œuvres majeures figurent Tableau Merz 25 A. L’Étoile (Merzbild 25 A. Das Sternenbild, 1920), une pièce mixte associant collage, assemblage, peinture et sculpture. Le Merzbau de Hanovre (1923–1937), accumulation d’objets trouvés intégrés dans des piliers de plâtre, a été décrit comme une « cathédrale de misère érotique ». Mère et Œuf (vers 1945–1947) marque son retour à la peinture et à la sculpture naturalistes, influencé par des artistes comme Arp, Miró et Max Ernst.