Diversité agricole et défis

Une exploitation agricole ne produit pas seulement du blé ou des pommes de terre. Au fil des saisons, elle alterne entre céréales, betteraves, légumes ou légumineuses. Pourtant, les programmes de transition agroécologique sont souvent organisés par filière, avec des industriels qui soutiennent des producteurs spécifiques. Cette approche entraîne des diagnostics répétés, des conseils parfois contradictoires et une hausse des coûts pour les agriculteurs.

L'initiative Covalo

Covalo, un projet porté depuis 2024 par l'association Pour une Agriculture du Vivant (PADV), avec le soutien de France 2030, vise à remettre en question ce système. Son livre blanc estime les surcoûts des pratiques et les risques liés à la transition à 150 euros par hectare, hors matériel. Son objectif est de réunir autour de chaque exploitation tous ceux qui dépendent de ses récoltes afin de partager les coûts, les risques et, à terme, les bénéfices de la transition.

Un nouveau point de vue pour la transition

Covalo déplace le regard de la filière vers l'exploitation et l'ensemble de sa rotation. Coopératives, industriels et distributeurs peuvent financer ensemble un même diagnostic et un accompagnement coordonné. L'objectif, comme l'explique David Diane, directeur de la communication de la PADV, est de s'engager « non pas dans la transition d'une filière, mais dans la transition de l'exploitation ». Un même coût pourrait ainsi être partagé entre davantage de partenaires, selon la composition des coalitions.

Un référentiel commun

Autre changement : un référentiel unique, l'Indice de Régénération (IR), développé par la PADV. Noté sur 100, il évalue les pratiques agricoles selon des critères concernant les sols, les cultures et le paysage. Il sert à établir un diagnostic initial, puis à construire une trajectoire de progrès. L'agriculteur conserve la liberté de choisir son conseiller spécialisé en agroécologie, chargé de coordonner les recommandations de ses autres techniciens.

Mécanismes du territoire pilote

Dans les Hauts-de-France, territoire pilote, trois mécanismes se complètent. Des acteurs privés contribuent au financement de nouvelles pratiques agricoles, notamment grâce à un bonus agroécologique minimum de 100 euros par hectare, accessible sous conditions de score IR et de contractualisation. Des acteurs publics peuvent rémunérer des services environnementaux, comme la protection de l'eau. Enfin, la banque intervient sur les investissements nécessaires à l'évolution des pratiques.

Soutien financier et objectifs environnementaux

L'Agence de l'eau Artois-Picardie soutient ainsi un paiement pour services environnementaux (PSE) de 7 millions d'euros sur cinq ans, au bénéfice de 85 agriculteurs. En juin, les partenaires ont annoncé 1,2 million d'euros de paiements pour 2026. Par ailleurs, le Crédit Agricole Nord de France propose, avec son offre « Transition+ », des conditions préférentielles de crédit et d'assurance selon la performance environnementale des exploitations. Plus de 6 millions d'euros de financements avaient été accordés en un an.

Bénéfices pour les industriels et sécurité à long terme

Les industriels ont également à y gagner. McCain, géant de la pomme de terre, participe à la coalition aux côtés d'autres acteurs privés comme Bonduelle, Tereos ou Coopérative U. Son intérêt est très concret : maintenir des rendements suffisants et sécuriser l'approvisionnement de ses usines. L'objectif est que les agriculteurs « puissent honorer leur contrat maintenant, demain, dans 10 ans, dans 15 ans et dans 20 ans », explique Charles Desutter, responsable de la durabilité chez McCain Europe.

Élargissement du programme

Dans les Hauts-de-France, COVALO réunit 180 agriculteurs sur 12 000 hectares, avec 14 partenaires publics et privés. Trois nouveaux contrats ont été signés, concernant 98 producteurs de blé, de maïs et de pommes de terre, pour des engagements de trois à cinq ans. À l'échelle nationale, le programme rassemble désormais près de 75 partenaires répartis au sein de cinq coalitions territoriales.

Progrès et objectifs à venir

En juin de l'année dernière, l'Indice de Régénération moyen a atteint 55/100. Les participants visent dix points supplémentaires ainsi qu'une baisse d'environ 10 % de leur bilan carbone net d'ici 2028. Selon la PADV, les exploitations concernées ont gagné en moyenne neuf points IR entre deux campagnes ; plus de 40 % sont passées dans une catégorie supérieure. Un signal intéressant, à manier avec prudence : l'association reconnaît elle-même que la météo plus favorable de 2025 a pu contribuer à ces progrès.

Extension au-delà des Hauts-de-France

Le programme concerne également la Normandie-Centre, l'Ouest, la Vendée–Deux-Sèvres et le Sud-Ouest, avec notamment NatUp, Terrena, Cavac et Val de Gascogne pour coordonner les coalitions locales. Plus de 70 partenaires sont impliqués. L'ambition affichée est d'atteindre 4 400 agriculteurs à l'échelle nationale. À chaque fois, le modèle doit s'adapter aux cultures, au climat et aux acteurs économiques locaux.

Considérations réglementaires

La coopération doit aussi respecter les règles de concurrence. Sollicitée par la PADV, l'Autorité de la concurrence a publié en janvier 2025 des lignes directrices informelles sur Covalo. Elles insistent sur des critères d'accès transparents, la protection des données agricoles et la vigilance nécessaire autour des échanges d'informations commerciales. Le véritable test sera économique.

Incertitudes à venir

Covalo a désormais dépassé le stade de la simple idée. Les coalitions se structurent, les premiers agriculteurs sont accompagnés et des financements circulent. Mais les primes dureront-elles ? Les bénéfices environnementaux seront-ils mesurables ? Et les agriculteurs gagneront-ils vraiment en sécurité économique ? Si le pari fonctionne, la transition agroécologique pourrait cesser d'être une succession de programmes dispersés soutenus uniquement par les producteurs. Elle deviendrait une responsabilité partagée entre tous ceux qui vivent de la terre, sans forcément la cultiver.