Le mardi 6 octobre, au petit matin, une voiture de police a été aperçue sur le boulevard de la Victoire alors qu’une poubelle jaune se dirigeait vers l’entrée de l’Insa, une école d’ingénieurs à Strasbourg. Une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées pour bloquer l’établissement, utilisant des grilles et des palettes pour ériger des barricades. Beaucoup portaient des masques et des foulards pour dissimuler leur visage. Une petite femme passant devant la foule a lancé : « Eh bien, c’est parti ! » Camille, étudiante à l’Insa et membre du syndicat étudiant Poing levé, a expliqué que cette mobilisation visait à montrer un soutien sans faille aux lycéens, qu’elle a qualifiés de « nos petits frères et sœurs ». Elle a ajouté que les étudiants se mobilisaient pour s’assurer que les lycéens pourraient, eux aussi, poursuivre leurs études après eux. À ses côtés, Axel, un autre étudiant de l’Insa, a exprimé son inquiétude : « Nous écrivons l’histoire de cette école d’ingénieurs. » Camille a souligné qu’il n’y avait jamais eu de mobilisation à l’Insa, même pendant les événements de mai 1968. « Nos parents sont indignés », a-t-elle déclaré. À quelques centaines de mètres de là, la même scène de poubelles jaunes se répétait : les entrées de l’Institut Lebel, de la faculté de chimie et du Patio étaient bloquées. Pia et Léandre, étudiants en première année de licence, ont exprimé leur inquiétude après avoir été poursuivis par la police plus tôt dans la matinée. Léandre a déclaré : « Nous nous mobilisons pacifiquement, et de l’autre côté, c’est la répression directe. Pour nous, c’est devenu une normalité. Mais nos parents sont indignés de voir que le gouvernement ne fait que nous réprimer. » Pia craignait que la mobilisation ne mène à aucun changement « alors que toute la France se mobilise ». Pour cette étudiante en biologie, le mouvement ne pourrait s’achever avant « une proposition budgétaire sérieuse pour la rénovation des lycées » et une véritable augmentation du budget de l’Éducation nationale. Pia s’est indignée : « Nous nous mobilisons et on apprend que des postes d’enseignants vont être supprimés. Le gouvernement évoque la suppression du repas à un euro dans les restaurants universitaires. C’est une honte ! » Elle a ajouté : « Un gouvernement qui nous écoute, ce serait plus qu’un rêve. » Au lycée Marie-Curie de Strasbourg, ce n’étaient pas des élèves ou des lycéens qui bloquaient l’entrée, mais une dizaine d’enseignants portant des brassards blancs. Ils avaient prévu de s’entretenir avec leurs élèves mobilisés ce matin-là. Un professeur a expliqué : « Il est important de les écouter et de leur dire que nous partageons leurs préoccupations et certaines de leurs revendications. » Parmi les objectifs communs figuraient le nombre d’élèves par classe, l’état du bâtiment, Parcoursup et le manque d’enseignants. Un enseignant a ajouté : « C’est un sentiment de malaise qui s’est cristallisé ces dix dernières années chez nos élèves. » Ses collègues ont exprimé leur stupéfaction « face à la réponse du gouvernement, qui ne fait que réprimer la jeunesse. » Une autre enseignante mobilisée a déclaré : « Je suis heureuse de voir que les jeunes ne se laissent pas faire. Cela fait bien trop longtemps que nous ne sommes pas entendus. » Les enseignants s’interrogeaient sur la reprise des cours et leurs attentes concernant le mouvement. Pour l’ensemble du groupe, les jours à venir semblaient très incertains : « Aujourd’hui, un retour à la normale ne semble plus possible », a estimé un professeur. « Mais l’espoir de changement semble irréaliste. L’espoir est mort depuis longtemps. Un gouvernement qui nous écoute, ce serait plus qu’un rêve. » En même temps, dans le centre-ville, des dizaines d’étudiants bloquaient l’annexe du lycée Fustel de Coulanges, dont l’ouverture était prévue le 6 octobre, notamment pour accueillir des classes préparatoires. Des jeunes étudiaient ensemble assis par terre tandis que d’autres discutaient de la mobilisation du jour. La mobilisation avait déjà entraîné la fermeture de la plupart des lycées de Strasbourg, comme dans de nombreuses villes françaises. Une situation qui témoigne pourtant de l’inquiétude du gouvernement face à un mouvement qu’il n’avait pas anticipé.