Le film Délivrez-nous du mal, réalisé par Giovanni Ziberna et Valeria Baldan et d’une durée d’une heure et quarante-cinq minutes, explore le thème de l’exorcisme à travers des entretiens avec des prêtres et quelques interventions de psychiatres. Officiellement soutenu par l’Association internationale des exorcistes, le documentaire cherche à éclairer une pratique souvent dépeinte dans les films d’horreur à grand renfort d’images dramatiques et sensationnalistes. Le film mérite d’être salué pour sa démarche prudente qui distingue soigneusement les troubles de santé mentale des allégations de possession démoniaque. Toutefois, ses ambitions éducatives se heurtent à l’adoption d’un point de vue théologique parfois controversé. Les voix des exorcistes y dominent largement, laissant peu de place à des perspectives chrétiennes alternatives, aux sciences humaines ou à un débat approfondi. D’un point de vue cinématographique, l’œuvre déçoit quelque peu. Elle recourt à des procédés typiques du documentaire américain, comme les interviews face caméra, les reconstitutions de scènes d’exorcisme ou encore une musique intense. Ces choix concourent à un film qui manque de distance critique et d’originalité. Le sujet, à savoir comment aborder le mal, la souffrance et le besoin de « délivrance », aurait pu être traité de manière plus nuancée et inclusive. Le film laisse ainsi en suspens un thème qui mérite une réflexion plus approfondie et diversifiée. Il soulève des questions essentielles sur la manière d’aborder des enjeux spirituels et psychologiques profonds sans enfermer les individus dans une seule interprétation. Une problématique que de nombreux cinéastes et penseurs ont déjà explorée, cherchant à concilier foi, raison et expérience humaine. Voir aussi : Garance : la fragile possibilité de renaître, Les Éléphants dans la brume : devenir soi sans renier sa famille, Histoires de la nuit : les ombres derrière la fête.