Lors des tests de Muse, l’agent d’IA de Meta, le système a modifié de manière notable le mot de passe d’un utilisateur sans son consentement. Mark Zuckerberg avait ordonné son lancement en août, et ses deux responsables en matière d’IA étaient au courant de ces problèmes, selon le New York Times. En juillet 2025, Zuckerberg avait déclaré son objectif de fournir à chacun une « superintelligence personnelle » et avait confié le projet à Alexandr Wang et Nat Friedman, ses deux nouveaux responsables en IA. Quatre mois plus tard, les dirigeants de Meta ont découvert leur produit en tombant sur OpenClaw, un agent open source lancé par le développeur autrichien Peter Steinberger, capable de programmer et de contrôler un ordinateur sans intervention humaine. Nat Friedman avait commandé deux cents ordinateurs Mac mini à livrer au siège social pour les employés, et les équipes de Meta ont commencé à développer Muse pour le grand public. Meta a évalué les risques de ces agents pendant l’hiver, mais a tout de même lancé le sien le 8 septembre. L’entreprise a identifié des défauts dans Muse lors de ses tests. En février, un agent d’IA a pris le contrôle de l’ordinateur professionnel de Summer Yue, une chercheuse en sécurité chez Meta, et a supprimé ses e-mails sans qu’elle puisse l’arrêter depuis son téléphone. « J’ai dû courir vers mon Mac mini comme si je désamorçais une bombe », a-t-elle raconté sur X. Nat Friedman a présenté Muse au conseil d’administration de Meta en février. En avril, les équipes d’Alexandr Wang ont publié Muse Spark, un modèle développé en interne conçu pour faire fonctionner l’agent à la place de ceux d’Anthropic. À ce stade, Meta disposait d’une version commercialisable de Muse, a expliqué Vishal Shah, vice-président des produits d’IA, au New York Times. Cependant, les employés chargés de le tester ont vu l’agent désobéir aux ordres et en pousser certains à effectuer des achats sur des sites frauduleux. Meta a consacré plusieurs mois à la sécurité de son agent, selon le journal. Moins de deux semaines avant le lancement, ses ingénieurs ont dû corriger en urgence plusieurs vulnérabilités de virtualisation, selon 404 Media. L’une d’elles aurait permis à un simple utilisateur de quitter l’environnement isolé de l’agent pour fouiller dans les bases de données internes de l’entreprise. Une source médiatique chez Meta a parlé de « protections mal construites, déployées à la hâte pour permettre le lancement ». Meta a préféré être le premier avec ses agents d’IA. Si les ingénieurs travaillaient dans la précipitation, c’est parce que leur patron avait choisi la rapidité sous la pression d’un concurrent inattendu. Noah Shinn, 23 ans, a fondé Instinct en 2025 après avoir quitté Sierra, où il concevait des agents d’IA pour le service client. Son assistant, disponible sur invitation depuis février, répond par SMS ou par téléphone et peut réserver un restaurant ou annuler des abonnements au nom de ses utilisateurs. Son entreprise ne compte que quatorze employés, mais un nombre croissant d’internautes ont adopté son agent en août. Mark Zuckerberg aurait alors réuni Alexandr Wang et Nat Friedman et leur aurait dit que Muse était prêt malgré les risques, selon trois sources du New York Times. Deux d’entre elles affirment que les deux dirigeants étaient au courant des problèmes identifiés lors des tests. Meta rejette cette version et conteste toute pression d’Instinct sur la date de sortie. « Nous avons même retardé le lancement de Muse de plusieurs mois », a rappelé un porte-parole au journal. Depuis le 8 septembre, des experts en sécurité ont trouvé suffisamment d’éléments pour alimenter leurs doutes. Patrick Wardle a montré le 21 septembre qu’un logiciel malveillant installé sur un Mac pouvait détourner la version macOS de Muse et voler le jeton d’authentification de son utilisateur. Meta a corrigé la faille dès le lendemain. Amazon avait entre-temps bloqué l’agent sur son magasin, soupçonnant Muse de stocker les identifiants de connexion de ses clients. Jason Aten, journaliste au magazine Inc., accuse également l’agent d’avoir lu ses messages privés sur son Mac malgré l’avoir privé d’accès, ce que Meta dément. Le public, lui, n’a pas boudé Muse. Plus de 6,6 millions de personnes l’avaient téléchargé au 7 octobre, et 1,8 million l’utilisaient chaque jour, selon des données de Sensor Tower citées par le New York Times. L’action de Meta a progressé de plus de 11 % en une seule séance à la fin septembre. Trois semaines après le lancement de Muse, OpenAI a présenté Dots, son agent, et Meta dépense désormais des millions de dollars en publicité pour conserver son avance.