Le festival célèbre 30 ans d'art d'avant-garde

Le festival Les Inaccoutumés, fondé il y a 30 ans par Marie-Thérèse Allier à La Ménagerie de Verre, poursuit sur sa lancée avec son édition d'automne 2026. Le festival est connu pour présenter des performances expérimentales et non conventionnelles qui remettent en question les frontières traditionnelles des arts.

Deux spectacles contrastés mettent le festival en lumière

La programmation de cette année comprend deux spectacles aussi différents que radicaux, créés par Maria Donata d'Urso et Helena de Laurens. Chaque artiste explore des thèmes et des formes distincts, offrant au public une expérience variée et stimulante.

Maria Donata d'Urso réinterprète son solo de 2005

Maria Donata d'Urso réactive son solo « Collection particulière », créé à l'origine en 2005 aux Rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis. Ce spectacle, repensé près de vingt ans plus tard, met en scène son corps musclé dans un mélange singulier d'arts visuels et de danse.

Une expérience visuelle et physique saisissante

Chaque muscle de la danseuse est détaché, capable de se contracter indépendamment, et son corps nu évolue dans et autour de deux tables dont les plateaux en épais plexiglas. Le spectacle évoque les peintures de Francis Bacon, les figures en résine de Berlinde De Bruyckere et les vitrines de Damien Hirst, en jouant sur les effets de perspective et de déformation pour fragmenter le corps en parties.

Le public est happé par une fascination morbide

Comme un entomologiste observant un insecte à la loupe, le public scrute chaque geste, marqué par les reflets du plexiglas dans lequel des tubes lumineux ont été insérés. La chair exposée, regardée comme un morceau de viande, est fascinante et nécessairement morbide, reflétant une fascination pour les corps écorchés et leur difformité monstrueuse.

Helena de Laurens explore les thèmes du sommeil et du chant

Une semaine plus tard, Helena de Laurens pose la question « Chanter ou dormir, comment choisir ? » dans « Le saut du lit », qu'elle recrée à La Ménagerie de Verre. Ce spectacle est une réinterprétation d'une pièce qu'elle avait créée au Pop en 2019, dans le cadre du festival (Re)Mix.

Une exploration dramatique et physique de la féminité

Comme dans les performances de Marina Abramović ou de Carolina Bianchi, Helena de Laurens est étendue sur le sol en béton du garage de La Ménagerie de Verre, ses longs cheveux bruns éparpillés sous une couverture blanche. Son corps convulsif, à l'envers, tente de chanter l'« Air de Didon » de Didon et Énée de Purcell, reconnaissable entre deux souffles haletants.

La couverture, symbole aux multiples usages

Avec le sens mélodramatique des grandes divas, mais sans leur hauteur hautaine, elle engage un affrontement physique furieux avec la couverture, qu'elle traite comme un amant infidèle. La couverture sert d'accessoire polyvalent : tour à tour couche de bébé, seins gonflés de lait et jupe sévillane.

Un portrait de féminités diverses

Le corps d'Helena de Laurens, qui a deux fois été interprète pour Marion Sieffert, n'est pas le corps contrôlé et musclé de Maria Donata d'Urso ; c'est son visage ultra-expressif, celui d'une actrice et performeuse, qui fait déborder toutes les féminités : la reine blessée, la mère étouffante, le bohème viril, l'enfant capricieuse.

Un dénouement dramatique

Ses énormes doigts, ses orteils, ses longs bras désarticulés forment comme des appendices à son corps de sorcière, surmonté d'une chevelure digne de Méduse. Choisissant cette fois le baroque, français, pour dire adieu à cette étrange performance vocale, Helena de Laurens termine son solo en larmes sur l'« Air du Sommeil » de Atys.