La 13ᵉ édition du festival Les Cinémas des Mondes arabes (Aflam), intitulé Réparer l’image : Voyages cinématographiques arabes en Méditerranée, se déroule du 10 au 18 octobre. Ce festival met l’accent sur les archives cinématographiques et les travaux de restauration à travers le monde arabe, de l’Égypte au Maroc en passant par la Palestine. Le thème souligne l’importance de préserver et de restaurer le patrimoine cinématographique, en particulier dans les régions touchées par les conflits et les instabilités politiques. Cette édition célèbre également le cinquième anniversaire du cycle « Archives vivantes » du festival, qui vise à préserver et à partager des films historiques. À l’occasion de cet anniversaire, un atelier de formation à la restauration numérique se tiendra à Marseille du 22 juin au 2 juillet 2026, soutenu par l’Institut français. L’événement est organisé en collaboration avec l’initiative Archive circulation (ACI), le cinéma Le Polygone étoilé et la cinémathèque Dodeskaden. Trois techniciens de Beyrouth ont participé au projet, qui s’inscrit dans le cadre d’une initiative de laboratoire de restauration numérique au Liban. Mathilde Rouxel, programmatrice du festival, a souligné l’enthousiasme suscité par cette expérience et la nécessité de trouver des moyens durables pour poursuivre ces efforts. Parmi les temps forts du festival figure la version restaurée en 4K du film Ahlam Saghira (Petits rêves) de Khaled El Hagar, réalisé en 1993. Le film suit le parcours de Ghareeb, qui perd son père lors de la crise de Suez en 1956, puis rejoint la résistance pendant la guerre israélo-arabe de 1967, voyant dans le président Gamal Abdel Nasser une figure symbolisant son père disparu. Autre œuvre à l’honneur, le documentaire restauré Al Ahwar (Les Marais, 1976) de Kassem Hawal, qui documente la vie dans les marais mésopotamiens avant leur assèchement sous le régime de Saddam Hussein, un acte considéré comme l’un des pires crimes environnementaux de l’histoire. Bien que certaines zones aient été partiellement restaurées, la réduction du débit des fleuves a provoqué une salinisation, menaçant les espèces locales et rendant l’eau non potable. Les marais ont été classés au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2016. Le festival proposera également une rencontre entre Kassem Hawal et le réalisateur palestinien Mohanad Yaqubi, intitulée « Les Révolutionnaires ne meurent jamais : Solidarité des cinéastes avec le peuple palestinien ». Les travaux de Yaqubi s’inscrivent dans une « archéologie du cinéma de lutte », et il a co-dirigé l’ouvrage Jocelyne Saab : Inventory 1973-1983 (Fondation Sharjah des Arts, 2025), qui recense les seize films de la réalisatrice franco-libanaise tournés entre 1973 et 1983. Une séance intitulée « Fabriquer Beyrouth au cinéma : Coulisses de Jocelyne Saab » présentera des rushes et des images d’archives liées à son œuvre, notamment autour du siège de Beyrouth en 1982 et du tournage de Nahla (1979) de Farouk Beloufa. Une autre table ronde interrogera la place des archives arménienne, kurde et amazighe, questionnant les récits nationaux ayant marginalisé certaines histoires.