Le mémoire d’Abel Ferrara, Scene, publié aux éditions Séguier, offre un regard intime sur la jeunesse et le début de carrière du cinéaste. L’ouvrage s’ouvre sur une rupture dramatique avec sa première compagne à 23 ans, un événement que Ferrara décrit comme le moment qui a déterminé son parcours. À l’époque, il terminait ses études, sans emploi et en quête de repères. Il part alors avec pour tout bagage une guitare et une bobine de film, marquant le début de son aventure dans le cinéma. Le livre de Ferrara n’est pas écrit dans l’ordre chronologique, reflétant la manière dont les souvenirs resurgissent souvent. Il avoue n’avoir jamais écrit de livre auparavant et avoir appris le processus en le faisant. L’ouvrage alterne entre ses succès professionnels et ses luttes personnelles, y compris ses addictions, tout en interrogeant ses sentiments envers son jeune lui-même. Il exprime des regrets, notamment celui de ne pas avoir été présent pour ses filles durant leurs années formatrices. Ferrara se souvient avoir découvert Massacre à la tronçonneuse à 23 ans, un film qui a influencé ses premiers pas. Il souligne que le succès de cette œuvre tenait à son faible budget et à l’engouement du public pour les contenus violents, en particulier ceux ciblant les femmes. À l’époque, il pensait pouvoir réaliser des films similaires, contrairement à des œuvres comme Le Parrain ou Mean Streets, qu’il jugeait hors de sa portée. Ferrara a débuté sa carrière dans le porno, expliquant que c’était la seule façon de réaliser des films à l’époque, faute de relations et de moyens. Il a tourné une scène où il avait des relations sexuelles avec sa petite amie dans l’un de ses premiers films, bien qu’il admette que cela ne l’ait pas excité. Il insiste sur l’importance d’avoir un plan d’affaires, notant que les cinéastes modernes ont réussi avec des budgets réduits, à l’image de ce qu’il a fait dans ses premières années. En réfléchissant à sa carrière, Ferrara évoque l’évolution de la relation entre les réalisateurs et les studios. Il constate que l’industrie est devenue plus homogénéisée, avec des plateformes majeures comme Apple, Hulu, Netflix et Amazon façonnant désormais Hollywood. Il mentionne la nouvelle étiquette de Warner Bros., Clockwork, qui finance des films d’auteur, et exprime son intérêt à contacter Sean Baker à ce sujet. Il se remémore également son passage en tant que « tâcheron des studios », soulignant les défis de travailler dans le système des grands studios. Il se souvient avoir rencontré Francis Coppola lors d’un événement et avoir exprimé son admiration pour le réalisateur, toujours actif à un âge avancé. Ferrara a choisi de devenir cinéaste plutôt que rockstar en raison de son manque de talent musical, bien qu’il continue à jouer et chanter à Rome. Il évoque son travail sur le clip de California de Mylène Farmer, qu’il a réalisé sous l’emprise de substances, et la déception qu’il a ressentie lorsque le montage final a été modifié par un autre réalisateur. Il analyse l’impact esthétique de Citizen Kane et évoque la dernière œuvre qui l’a marqué, tout en admettant qu’il n’est plus impressionné par le cinéma, mais par la vie elle-même. Il mentionne travailler sur un nouveau film, une adaptation de Phèdre transposée dans un univers de gangsters. Ferrara aborde aussi ses origines familiales, décrivant son père comme un homme rongé par les addictions mais qui a tenu bon. Il évoque la fréquence des abus sexuels parmi ses petites amies, en contraste avec son propre vécu. Il reconnaît l’importance d’être présent pour les autres, ayant lui-même bénéficié d’une « bonne fée marraine » dans sa jeunesse.