Chaque matin pendant plusieurs mois, une longue traînée de glace d’eau se forme sous le vent du volcan Arsia Mons sur Mars, qui culmine à 20 km d’altitude — plus du double de la hauteur de l’Everest. Ce nuage peut s’étendre jusqu’à 1 800 km de long, soit près du double de la superficie du Royaume-Uni, avant de s’évaporer rapidement. Une étude publiée le 7 octobre 2026 dans Nature Geoscience suggère que ce nuage se forme par un mécanisme jamais observé auparavant dans la nature. Des chercheurs dirigés par Jorge Hernández-Bernal, du Laboratoire de Météorologie Dynamique à Paris, ont utilisé un modèle météorologique martien intégrant un processus théorique appelé nucléation homogène. Ce mécanisme permet à la vapeur d’eau de se transformer directement en glace sans avoir besoin d’un grain de poussière ou d’une autre particule pour initier le processus. L’équipe a comparé ses simulations avec des images de la sonde Mars Express de l’ESA, confirmant que le nuage se forme bien par ce processus inédit. Le nuage s’étire à une vitesse d’environ 612 km/h et atteint une longueur maximale de 1 800 km, bien que celle-ci ne soit pas constante. Les observations de la caméra VMC de Mars Express, qui surveille le nuage depuis le 13 septembre 2018, montrent des variations de sa longueur. Par exemple, une image du 10 octobre 2018 révélait un nuage de 1 500 km, tandis qu’une image stéréo de la caméra HRSC du 24 juin 2024 en montrait environ 980 km. Le phénomène a été baptisé AMEC, pour Arsia Mons Elongated Cloud. Il se développe sur le flanc ouest du volcan après le lever du soleil et son panache s’étire pendant plusieurs heures avant de s’évaporer en fin d’après-midi. L’étude souligne que le nuage se forme lorsque la température chute de 30 degrés en 10 minutes au-dessus du volcan — une baisse comparable à un passage rapide de 20 °C à -10 °C en l’espace de la cuisson des pâtes. Ce refroidissement brutal crée une sursaturation extrême, permettant à la vapeur d’eau de geler directement en particules de glace sans noyau. Ce processus, appelé nucléation homogène, était jusqu’ici considéré comme trop extrême pour se produire dans des conditions naturelles. Le modèle intégrant ce mécanisme reproduit avec succès la structure observée du nuage, ce qui était impossible à simuler avec les méthodes conventionnelles. L’étude précise que, bien que le modèle corresponde aux observations, certaines divergences subsistent. Les chercheurs n’ont pas mesuré directement la nucléation homogène au sein du nuage ; leur conclusion repose sur la comparaison entre simulations et images. Cela signifie que le nuage se forme très probablement de cette manière, sans que cela soit encore définitivement prouvé. Cette découverte remet en question les hypothèses courantes sur la formation des nuages et pourrait avoir des implications pour la compréhension des nuages sur Terre et sur d’autres planètes. Toutefois, l’étude ne détermine pas encore à quelle fréquence ce phénomène se produit sur Mars ni son rôle dans le cycle de l’eau de la planète. Le nuage apparaît chaque année martienne au printemps et en été austral, et il est observé par quelques sondes, dont Mars Express et l’orbiteur ExoMars Trace Gas Orbiter, qui peuvent le capturer à l’aube.