Pendant l’adolescence, le corps subit des modifications importantes de son rythme naturel veille-sommeil. Ces changements, combinés à des horaires scolaires précoces, peuvent entraîner une privation chronique de sommeil, aux conséquences notables sur la santé. Les adolescents éprouvent souvent une latence prolongée du sommeil, c’est-à-dire qu’il leur faut plus de temps pour s’endormir, et bénéficient de moins de sommeil profond, essentiel à la récupération physique et mentale. Par ailleurs, de nombreux jeunes connaissent un décalage de phase, se couchant et se réveillant naturellement plus tard. Ce décalage est lié à une sensibilité réduite à la lumière du matin et à un pic de mélatonine, une hormone régulatrice du sommeil, qui survient plus tard dans la nuit. Ces difficultés sont souvent aggravées par le temps passé devant les écrans, qui perturbe davantage les cycles de sommeil. Les modifications du sommeil à l’adolescence peuvent affecter la vigilance, les capacités cognitives, l’humeur, le comportement et même le poids. À long terme, un sommeil insuffisant est associé à une augmentation de la consommation énergétique, à un risque accru de surpoids et à d’éventuels problèmes cardiométaboliques. Certains adolescents consomment des stimulants comme la caféine dans la journée et se tournent vers le cannabis ou l’alcool le soir, ce qui aggrave encore leurs troubles du sommeil. Chez ceux souffrant de trouble dépressif majeur, seulement 36,4 % déclarent dormir suffisamment, et une meilleure qualité et durée de sommeil sont significativement liées à une réduction des symptômes dépressifs. L’insomnie chez l’adolescent est définie de manière similaire à celle de l’adulte : elle se caractérise par des plaintes concernant un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité, accompagnées de problèmes diurnes tels que la fatigue ou des difficultés de concentration. Si ces symptômes surviennent au moins trois nuits par semaine, l’insomnie est considérée comme chronique. Les traitements se concentrent généralement sur des changements comportementaux et des ajustements du mode de vie, comme la chronothérapie et la luminothérapie, plutôt que sur des médicaments. La chronothérapie consiste à ajuster progressivement les heures de coucher et de lever pour réaligner le rythme de sommeil. Les mesures comportementales, comme maintenir une heure de réveil régulière et limiter l’usage des écrans avant le coucher, sont souvent recommandées, mais ne sont pas toujours bien acceptées par les adolescents. Les parents, soucieux de la fatigue de leur enfant, peuvent l’autoriser à faire la grasse matinée le week-end, ce qui peut accentuer le décalage de phase et rendre plus difficile la fréquentation scolaire. Une alternative plus acceptable pour certains adolescents est un « protocole de privation de sommeil », où ils restent éveillés toute une nuit, voire deux, suivies d’une journée sans sieste. La luminothérapie, qui consiste à s’exposer à une lumière vive le matin, peut également être proposée par des spécialistes du sommeil, bien qu’elle ne soit pas encore pleinement validée pour une utilisation chez les enfants et les adolescents. Les médicaments sont rarement prescrits aux adolescents et sont généralement réservés aux spécialistes. L’Académie nationale de médecine souligne l’importance de l’éducation et de la prévention, suggérant la création d’un Observatoire national du sommeil des enfants et des adolescents, des réformes du mode de vie et l’intégration du suivi du sommeil dans les soins pédiatriques. Elle recommande également des campagnes de sensibilisation du public et l’intégration de l’éducation au sommeil dans les programmes scolaires pour mieux répondre à ces enjeux.