Les marins ukrainiens qualifient la navigation en mer Noire de « suicidaire » alors que les attaques s'intensifient, menaçant le commerce mondial des céréales et poussant les armateurs à abandonner la route.
La navigation en mer Noire devient extrêmement dangereuse
Oleg Grygoriuk, président du syndicat ukrainien des gens de mer, a déclaré au Financial Times que naviguer en mer Noire et accoster dans les ports ukrainiens est « presque suicidaire », notant que les marins « mettent leur vie en danger à tout moment ». Depuis le début de l'année, plus de 570 navires ont été touchés en mer Noire, faisant au moins 40 morts parmi les marins, contre 24 dans le détroit d'Ormuz, selon des chiffres cités par le quotidien économique britannique.Une intensité d'attaques en forte hausse
La situation s'est fortement dégradée depuis l'intensification des attaques cet été. Entre juillet et septembre, 387 navires ont été touchés, soit cinq fois plus que le trimestre précédent. Cette flambée de violence a fait de la mer Noire l'une des zones maritimes les plus dangereuses du monde.Des experts qualifient la situation de sans précédent
Bridget Diakun, directrice du renseignement et de la recherche maritimes chez Lloyd's List Intelligence, a déclaré qu'elle analyse depuis des années les effets de la guerre sur le commerce maritime et qu'elle n'a « jamais rien vu de tel ». Cette escalade fait suite à une campagne d'attaques de drones ukrainiens contre des navires russes, suivie d'une intensification des frappes de Moscou contre les bateaux desservant les ports ukrainiens.Hausse des coûts d'assurance et choix des navires
Selon la société britannique de sécurité maritime Ambrey, la Russie est responsable d'environ 90 % des attaques au cours des quarante-cinq derniers jours. Tomas Alexa, analyste chez Ambrey, a relevé, à propos de l'évolution des tactiques ukrainiennes, que « tout comme la Russie, ils attaquent les ponts des navires et les cabines ». Face au danger, de nombreux armateurs abandonnent cette route stratégique. Les primes d'assurance contre les risques de guerre peuvent désormais atteindre 15 % de la valeur d'un navire, soit presque le double des taux pratiqués dans le Golfe, selon le Financial Times. Pour réduire leurs coûts, certaines compagnies préfèrent des navires plus anciens, moins chers à assurer.Les exportations de céréales font face à de nouveaux défis
Cette guerre maritime affecte également le commerce des céréales. En août, les exportations agricoles ukrainiennes par voie maritime sont tombées à 1,4 million de tonnes, soit 75 % de moins qu'avant la guerre. La Russie, dont 80 % des exportations transitent par les ports de la mer Noire et de la mer d'Azov, devait effectuer en octobre ses premières expéditions de céréales depuis Mourmansk, dans l'Arctique, afin de contourner la mer Noire, selon Reuters. La route maritime du Nord-Est, passage prometteur mais risqué, est envisagée comme alternative. Guerres, sécheresses et incendies pèsent sur le blé, une céréale essentielle. Les bombardements en mer Noire et en mer d'Azov menacent le grenier du monde. Des navires marchands touchés au large des côtes bulgares : « La guerre est arrivée chez nous. »