L'incertitude met à l'épreuve la projection dans l'avenir

Dans un monde marqué par une incertitude croissante, entre guerres, craintes liées à l'intelligence artificielle et menace sur les emplois, et bouleversements climatiques, la capacité à se projeter dans l'avenir est devenue un défi psychologique majeur. Selon Jérôme Palazzolo, psychothérapeute et auteur du livre Faire face à la dépression, se projeter dans l'avenir suppose de pouvoir imaginer un lendemain stable, capacité qui peut être fragilisée par les crises en cours, l'incertitude économique, les tensions géopolitiques ou les inquiétudes liées au climat.

L'incertitude déclenche une alerte psychologique

L'incertitude représente une difficulté psychologique majeure pour le cerveau humain, car celui-ci s'appuie sur l'anticipation et la prévision des événements pour se sentir en sécurité. Lorsque les repères habituels deviennent peu fiables, le cerveau peut entrer dans un état d'alerte, poussant les individus à rechercher davantage d'informations, à envisager des scénarios défavorables et à tenter de reprendre le contrôle de situations qui leur échappent. Cela peut conduire à une intolérance à l'incertitude, qui perturbe l'équilibre de chacun.

L'impuissance apprise complique l'action

L'impuissance apprise, notion issue de la psychologie, complique encore la situation. Lorsque les individus ont le sentiment, à plusieurs reprises, que leurs actions n'ont aucun effet sur les événements, ils peuvent renoncer à agir, y compris dans les domaines où une certaine maîtrise reste possible. Il ne s'agit pas d'un manque de volonté, mais d'un mécanisme de découragement.

Se concentrer sur ce qui est maîtrisable aide

Pour retrouver l'espoir, Jérôme Palazzolo propose de distinguer ce qui dépend de soi et ce qui n'en dépend pas. Si les décisions politiques mondiales, l'évolution économique et les conséquences du changement climatique échappent au contrôle personnel, chacun peut agir sur ses relations, ses choix professionnels, ses habitudes d'information, ses engagements locaux et ses projets personnels. Cette démarche permet de réinvestir son énergie là où elle peut produire des effets concrets, ce qui peut rompre le cycle de la passivité négative et restaurer la confiance en sa capacité à agir.

Des objectifs à court terme donnent une direction

Une autre stratégie consiste à donner à l'avenir une dimension concrète. Lorsque les grands projets de vie semblent inaccessibles ou incertains, se concentrer sur des horizons plus proches peut être bénéfique. Organiser les semaines à venir, entretenir ses amitiés, apprendre de nouvelles compétences ou préparer des projets qui ont du sens peuvent, par exemple, donner une direction immédiate, sans qu'il soit nécessaire de connaître l'avenir exact.

Le soutien social est essentiel au bien-être

Le soutien social joue également un rôle crucial. Jérôme Palazzolo souligne que les contacts sociaux sont indispensables au bien-être et que savoir pouvoir compter sur quelqu'un est essentiel à un épanouissement durable. Les liens sociaux jouent un rôle majeur dans la régulation émotionnelle. Parler de ses peurs, confronter ses interprétations à celles des autres et partager ses projets peuvent aider à relativiser les anticipations catastrophiques. L'avenir n'est pas seulement une représentation mentale individuelle : il se construit aussi à travers les relations et l'action collective.

L'espoir n'est pas un optimisme naïf

L'espoir ne doit pas être confondu avec un optimisme naïf. Se projeter dans un avenir positif ne signifie pas croire que tout ira bien, mais plutôt disposer d'une manière d'avancer dans la vie. Toutefois, si les difficultés à se projeter s'accompagnent d'une tristesse persistante, d'une perte de plaisir, de troubles du sommeil, d'un repli sur soi ou d'un sentiment d'impasse, il est important de consulter un professionnel de santé.