À la suite de sa victoire électorale en Saxe-Anhalt, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a proposé de conditionner les subventions culturelles à un engagement en faveur du patriotisme. Cette approche suscite des inquiétudes parmi les musées, théâtres et artistes allemands, qui craignent une restriction de la liberté créative. Des tendances similaires se dessinent en France, où des municipalités dirigées par le Rassemblement National (RN) ont également pris des mesures reflétant cette position idéologique.
En Saxe-Anhalt, Hans-Thomas Tillschneider, figure clé de l’AfD, a été élu vice-président du parlement régional avec 44 voix – cinq de plus que le nombre de sièges détenus par son parti. Depuis des mois, il milite pour une « clause patriotique » exigeant des institutions culturelles recevant des fonds publics qu’elles s’engagent à respecter la culture nationale allemande et à éviter de la critiquer.
L’AfD a remporté une victoire écrasante lors des élections régionales du 6 septembre, obtenant 43,8 % des voix et 39 sièges sur 83. Le 6 octobre, Tobias Rausch a été élu président du parlement régional. Bien que le parti ne contrôle pas encore pleinement l’agenda culturel, son influence s’est considérablement accrue. Le programme régional inclut des propositions pour lier le financement des associations à leur adhésion à l’ordre démocratique et à une orientation patriotique. Cette idée a été renforcée par une motion déposée le 16 juin, qui exigerait des bénéficiaires de subventions culturelles de s’engager par écrit à respecter la culture nationale allemande, à en honorer les traditions et à éviter de la dénigrer. Des violations graves pourraient entraîner le refus, le retrait ou le remboursement des aides.
Le Bauhaus, célèbre école d’art et d’architecture allemande, est désormais sous surveillance en raison de son éthos internationaliste et de son manque perçu de racines nationales. À Dessau, ville de Saxe-Anhalt, la fondation qui préserve l’héritage du Bauhaus craint des changements politiques. Barbara Steiner, directrice de la fondation, a expliqué au The Art Newspaper qu’une érosion progressive des financements, des programmes et des collaborations internationales pourrait survenir. L’AfD souhaite également supprimer les subventions régionales du Centre allemand pour les biens culturels perdus à Magdebourg, qui enquête sur les origines des collections de musées, y compris celles acquises pendant la période coloniale et sous le régime nazi. Le parti critique ces enquêtes pour entretenir un sentiment de culpabilité nationale, tandis que le centre a répondu que ces préoccupations concernent aussi bien les victimes que les chercheurs.
La sociologue de la culture Gisèle Sapiro souligne que le financement peut être un outil de censure subtile, souvent justifié par d’autres raisons, comme le renouvellement des programmes ou le manque de demande. Elle affirme que les régimes autoritaires ciblent généralement les œuvres critiques ou subversives qui remettent en cause leur récit ou leurs préférences esthétiques. Même des œuvres qui ne s’opposent pas directement au gouvernement peuvent poser problème si elles soulèvent des questions inconfortables. Au théâtre de Magdebourg, Julien Chavaz, metteur en scène suisse à la tête du théâtre de la capitale régionale, souligne l’importance d’une programmation diversifiée incluant aussi bien des œuvres allemandes qu’étrangères. Il estime que réduire cette diversité aliénerait une partie du public. Cependant, toute décision budgétaire ne constitue pas une censure. Soutenir un monument ou une tradition locale n’implique pas nécessairement de l’autoritarisme, mais la nouvelle exigence patriotique modifie la nature des décisions de financement, faisant de la loyauté nationale un critère.
En France, le RN a déjà mis en place des pratiques similaires. À Castres, la nouvelle administration municipale d’extrême droite a retiré Passeport, une pièce d’Alexis Michalik sur le parcours d’un réfugié érythréen, de la saison 2026-2027. Le maire, Florian Azéma, a justifié cette décision par un choix de programmation, tout en reconnaissant que le sujet de la pièce avait joué un rôle. La représentation pourra être jouée ailleurs, mais le public local en sera privé lors de la prochaine saison. À La Flèche, l’administration municipale dirigée par le RN a réduit de 50 000 euros le financement de l’association Carroi, entraînant l’annulation de ses concerts gratuits d’été. Cette décision a été attribuée à des coupes budgétaires, bien qu’aucune déclaration patriotique n’ait été exigée. Sapiro établit un parallèle entre l’AfD et le RN, notant que les deux visent à aligner les créateurs sur leurs idéologies nationalistes et conservatrices. Malgré ces similitudes, les contextes politiques en Allemagne et en France diffèrent, la Loi fondamentale allemande protégeant la liberté artistique. En réponse aux propositions de l’AfD, le parlement de Saxe-Anhalt a adopté une loi renforçant les principes de soutien à la culture, tandis que musées, théâtres et fondations se sont organisés contre l’agenda du parti. L’impact à long terme de ces politiques pourrait être difficile à mesurer, certains projets pouvant être abandonnés avant même d’être présentés, modifiant ainsi subtilement le paysage culturel sans interdiction explicite.
La politique culturelle de l'AfD suscite des inquiétudes en Allemagne et en France
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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