Un rapport révèle que des acteurs étrangers ont amplifié de fausses thèses sur les troubles d'octobre en France, les liant aux migrants et à l'islam, avec une influence russe et américaine marquée.
Un rapport met en lumière une influence étrangère dans les troubles en France
Un rapport d'Alliance4Europe, une ONG européenne qui lutte contre la désinformation en ligne, affirme que des acteurs étrangers ont contribué à diffuser des récits trompeurs sur les manifestations et les violences survenues en France les 17 et 18 octobre. Le rapport a analysé près de 550 000 publications issues des réseaux sociaux et des sites d'information, et a relevé un schéma d'influence étrangère dans la manière dont les troubles ont été présentés.Différences dans l'attribution des responsabilités selon les langues
Le rapport constate que seulement 3 % des publications en français liaient les troubles aux migrants ou à l'islam, un chiffre qui grimpe à près de 19 % en anglais et à 13 % en polonais. Des tendances similaires ont été observées dans les commentaires sous des vidéos populaires sur TikTok et YouTube : les commentaires en anglais attribuant les troubles à l'islam ou aux migrants représentaient entre 2,6 % et 4,3 %, contre 0,3 % à 0,7 % en français.Des contenus étrangers amplifient des récits précis
Les contenus accusant les migrants et l'islam d'être responsables des troubles étaient particulièrement présents dans les espaces numériques anglophones, polonais et germanophones. Ces contenus ont été relayés par des influenceurs d'extrême droite et par des médias conservateurs américains, dont Fox News, ainsi que par des médias locaux comme la chaîne polonaise YouTube Kanał Zero. Les opérations russes ont débuté avant les manifestations du 17 octobre, le réseau de robots Doppelganger ayant publié plus de 639 messages en plusieurs langues.Des messages relient les troubles à l'aide à l'Ukraine et à Macron
Les contenus affirmaient notamment que l'aide à l'Ukraine avait été « volée » sur les fonds français, reliaient la hausse du coût de la vie à la politique d'aide de Paris et faisaient référence au mouvement des « gilets jaunes » de 2018. Des articles visaient le président français Emmanuel Macron et ses successeurs potentiels, dont Gabriel Attal et Édouard Philippe, tout en évoquant Raphaël Glucksmann, candidat à la présidentielle favorable à l'Ukraine. Les contenus mettaient aussi en avant les propositions salariales de Jean-Luc Mélenchon et appelaient à l'arrivée d'un « vrai patriote » à l'Élysée.Les médias russes et iraniens se concentrent sur la France
Aux côtés d'acteurs russes comme Doppelganger, Pravda, Rybar et RT, les médias d'État iraniens Press TV et IRNA ont consacré plus d'un tiers de leurs publications en français aux troubles entre le 11 et le 18 octobre. En France, des personnalités du Rassemblement national, comme Sarah Knafo et Jordan Bardella, ont suscité une attention notable sur TikTok grâce à des vidéos liées aux manifestations.Des responsables étrangers reprennent les récits russes
Plusieurs responsables américains, dont le vice-président J.D. Vance et Donald Trump, ont soutenu les affirmations russes selon lesquelles les violences en France étaient causées par l'immigration. L'émissaire russe Kirill Dmitriev a repris des propos similaires, qualifiant cela de « suicide de la civilisation occidentale » en raison du « chaos migratoire ». La rédactrice en chef de Politico, Marion Solletty, a noté que la Russie cherche à affaiblir la démocratie afin de fragiliser ses rivaux politiques et géopolitiques. La France n'est pas le seul pays où une ingérence étrangère est soupçonnée d'influencer les récits autour des manifestations : le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a lui aussi mis en garde contre une « guerre hybride » sur les réseaux sociaux.