Dans un lycée d’Abidjan, en Côte d’Ivoire, des élèves de Terminale scientifique sont concentrés sur des équations inscrites au tableau. La salle de classe, bien moins remplie que celles des filières littéraires, symbolise le manque d’attractivité des sciences en Afrique de l’Ouest. Selon le ministère ivoirien de l’Éducation, en 2022, seulement 0,6 % des candidats au baccalauréat étaient inscrits en série C, spécialisée en mathématiques/physique, et 38 % en série D, plus orientée vers les sciences naturelles – contre 45 % pour cette dernière en 2015. Plusieurs autres pays de la région, comme le Mali, le Burkina Faso ou la Guinée, connaissent la même baisse des effectifs en filières scientifiques, malgré les déclarations répétées de leurs dirigeants souhaitant inverser cette tendance.
En classe de Première C au lycée moderne de Cocody, à Abidjan, un établissement public reconnu, les élèves, assis par groupes de trois sur des bancs autour de tables en bois, répondent timidement aux questions de leur professeur de mathématiques. Parmi les garçons en uniforme kaki et les filles en chemisiers blancs et jupes bleues larges, seules quelques mains se lèvent. « Ce ne sont pas toujours les mêmes », précise le professeur Fabrice Gueï. Ce jour-là, ils étaient 37 devant l’enseignant, un effectif important mais bien inférieur à celui des classes littéraires, qui peuvent atteindre jusqu’à 80 élèves. Et avoir une classe de 30 élèves ou plus en série C relève de l’exception, reconnaît Melagne Agnimel, inspecteur général chargé de l’enseignement secondaire en Côte d’Ivoire. « Dans la plupart des établissements, on trouve des classes de sept, huit ou dix élèves seulement », ajoute-t-il.
Selon les autorités, cette situation s’explique notamment par une baisse des investissements dans l’enseignement scientifique, par un manque d’enseignants ainsi que par l’absence de laboratoires et d’équipements. S’y ajoute une désaffection des élèves pour ces filières, jugées trop difficiles et exigeantes par beaucoup. « Les élèves ont peur de choisir les filières scientifiques parce qu’ils disent que cela leur donne plus de travail. Ils préfèrent donc se tourner vers les filières littéraires », explique M. Agnimel. Le professeur Gueï, lui, pointe une « méconnaissance » de ces disciplines par certains de ses collègues, qui « font peur aux enfants ». Les acteurs du secteur évoquent aussi un manque d’opportunités, lié selon eux à des programmes universitaires inadaptés à l’évolution des sciences, les écoles d’ingénieurs étant peu nombreuses et les universités mal équipées. « Pour ceux qui ont la chance d’intégrer certaines écoles ou d’obtenir une bourse pour poursuivre à l’étranger, les opportunités existent. Mais pour ceux qui restent ici, c’est souvent l’enseignement », avec des salaires jugés insuffisants, souligne Youan Bi, professeur de physique-chimie. Résultat : de nombreux scientifiques formés dans le pays préfèrent partir travailler à l’étranger. « Nous perdons nos scientifiques », déplore l’inspecteur Agnimel.
Le même constat s’impose au Sénégal, où le nombre de candidats inscrits en filières scientifiques au baccalauréat est passé de près de 30 % au début des années 2000 à 15,5 % en 2026, ou au Niger, où certains lycées ont dû fermer leurs classes scientifiques faute d’élèves. L’Afrique ne représente que 1 % de la recherche scientifique mondiale, estimait l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) en 2025, de nombreux experts considérant le continent comme le plus en retard dans ce domaine.
Face à cette situation, plusieurs pays de la région tentent tant bien que mal d’inverser la tendance, en menant des campagnes de sensibilisation auprès des élèves ou en construisant des collèges et lycées entièrement dédiés aux filières scientifiques. En Côte d’Ivoire, le gouvernement a lancé la création de pôles scientifiques sur l’ensemble du territoire, ainsi que de nouvelles classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE), afin d’attirer les meilleurs élèves en mathématiques et en physique, dans le cadre d’une stratégie nationale visant à redynamiser les filières scientifiques.
À cause des mathématiques, Abdoulaye Harouna, 19 ans, en Terminale C, a longtemps douté de son choix. « C’est une filière vraiment difficile qui demande beaucoup de sacrifices », sourit-il. Mais en voyant son frère aîné, formé dans la même voie, devenir ingénieur en énergie solaire et bien gagner sa vie, sa détermination s’est renforcée. « Si on travaille bien dans cette filière, l’avenir est assuré », veut-il croire.
Baisse des filières scientifiques en Afrique de l’Ouest
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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