La menace quantique pèse sur le chiffrement

Des cybercriminels stockent aujourd'hui des données chiffrées dans de nombreux secteurs, en attendant des ordinateurs quantiques assez puissants pour les déchiffrer. Ces données comprennent des sauvegardes, des courriels professionnels et des connexions de réseau privé virtuel (VPN), qui reposent sur des méthodes de chiffrement plus anciennes, comme RSA et la cryptographie sur courbes elliptiques.

Le RSA et la cryptographie sur courbes elliptiques menacés

Le RSA et la cryptographie sur courbes elliptiques sont au cœur de la sécurité d'internet depuis la fin des années 1970. Ils reposent sur des problèmes mathématiques que les ordinateurs classiques ne peuvent pas résoudre rapidement, mais les ordinateurs quantiques pourraient les briser en quelques heures grâce à l'algorithme de Shor, une méthode découverte en 1994 par le mathématicien Peter Shor.

Des normes post-quantiques en cours d'élaboration

En 2024, l'Institut national américain des normes et de la technologie (NIST) a finalisé deux normes de cryptographie post-quantique : ML-KEM pour les échanges de clés et ML-DSA pour les signatures numériques. Microsoft les a depuis intégrées à Windows, puis les a rendues disponibles pour Linux via SymCrypt-OpenSSL.

La stratégie « récolter maintenant, déchiffrer plus tard »

Les experts en cybersécurité qualifient de « harvest now, decrypt later » (récolter maintenant, déchiffrer plus tard) la pratique consistant à stocker des données chiffrées en vue de leur déchiffrement futur. Des données chiffrées, comme des contrats, des brevets ou des dossiers médicaux, peuvent conserver leur valeur pendant quinze ans, soit plus longtemps que l'échéance de 2029 visée pour les ordinateurs quantiques capables de briser le chiffrement actuel.

L'ANSSI impose une préparation au post-quantique

L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) exige qu'à partir de 2027, les produits éligibles à une certification officielle intègrent des algorithmes post-quantiques. L'agence avertit que l'achat de produits sans cryptographie post-quantique après 2030 sera déraisonnable, et recommande d'utiliser un chiffrement hybride jusqu'à la transition complète.

Premiers agréments post-quantiques et difficultés

En octobre 2025, l'ANSSI a délivré ses premiers visas de sécurité post-quantique à une carte à puce de Thales et à un composant de Samsung, qui utilisent tous deux la cryptographie fondée sur les réseaux euclidiens. Toutefois, l'agence a relevé en 2024, auprès de cinquante ministères, d'entreprises stratégiques et de trente prestataires informatiques, des obstacles techniques et organisationnels.

Le G7 souligne la nécessité de se préparer aux menaces quantiques

En octobre 2025, l'ANSSI a dirigé une réunion du G7 consacrée à la cybersécurité, aux côtés du Canada, de l'Allemagne et d'autres pays. Le G7 a publié un rapport intitulé Préparer l'ère post-quantique : un appel à l'action, qui met en garde contre les risques pesant sur les secrets industriels, l'authentification et les chaînes d'approvisionnement interconnectées. Le rapport recommande cinq actions prioritaires, notamment inventorier les usages cryptographiques et intégrer des critères post-quantiques dans les marchés publics.

Les PME face aux étapes pratiques de la transition

Pour les petites et moyennes entreprises (PME), les premières étapes consistent à identifier les endroits où les données sensibles sont protégées par un chiffrement RSA ou sur courbes elliptiques, comme les sauvegardes et les accès à distance. L'ANSSI conseille de donner la priorité aux données dont la durée de vie est longue, comme les secrets industriels et les dossiers de santé, et recommande de mettre à jour chaque trimestre un tableau simple pour suivre les pratiques de chiffrement.

Une transition progressive recommandée

Il n'existe pas d'échéance immédiate pour que les PME passent à la cryptographie post-quantique, mais elles devraient y penser lors du renouvellement de leurs contrats. Dustin Moody, mathématicien au NIST, a souligné que l'intégration complète prendra du temps et que les administrateurs système doivent commencer le processus dès maintenant.