Deux bandes dessinées, Pesticides. Leurs effets sur la santé des enfants de Laurence Huc, Sophie Caron (scénario) et Marguerite Boutrolle (illustrations), et Pesticides Kids. Enquête sur les enfants victimes des pesticides de Nolwenn Weiler et Sophie Chapelle, explorent l’impact des pesticides sur la santé des enfants et les efforts des parents, des professionnels et des militants pour y faire face. Ces ouvrages mettent en lumière des cas concrets, comme celui de Lubin, un enfant de sept ans exposé à 108 produits phytosanitaires – des substances chimiques utilisées en agriculture – dans le ventre de sa mère, dont 55 sont reconnus comme cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction. Un autre exemple est celui de Cloé, une adolescente de dix-sept ans atteinte de leucémie, qui raconte son combat contre la maladie et ses conséquences sur sa vie. Ophélie, la mère de Lubin, est ingénieure consultante en viticulture. Elle a été exposée à ces 108 produits phytosanitaires pendant sa grossesse, sans formation ni protection adaptées. Elle est représentée par Maître Lafforgue, décrit comme « l’avocat des causes désespérées des victimes de la pollution ». Laurence Huc, toxicologue et coscénariste de Pesticides. Leurs effets sur la santé des enfants, a consacré sa thèse à la nature cancérigène des hydrocarbures sur le foie et cherche des causes exogènes aux maladies, ayant elle-même perdu deux grands-parents et une tante à cause du cancer. Les bandes dessinées donnent également la parole à Annie Thébaud-Mony, sociologue de la santé ayant travaillé sur l’affaire de l’amiante et qui continue de défendre les familles de victimes. Elle retrace l’histoire des pesticides, établissant des parallèles avec l’industrie du tabac et dénonçant la « fabrique du mensonge » qui entoure ces produits. Les parents d’enfants touchés se sont organisés en collectifs, comme « Stop aux cancers de nos enfants », et ont saisi l’agence régionale de santé (ARS) ainsi que Santé publique France. Cependant, l’ARS est critiquée pour son recours à des questionnaires plutôt que pour des enquêtes de terrain. Santé publique France mène des recherches sur les substances, mais ne met pas suffisamment en relation les résultats. Ce sont les parents qui ont croisé les données et découvert des dépassements de taux de lindane à Sainte-Pazanne dès 2008. Nolwenn Weiler et Sophie Chapelle, journalistes au média Basta!, soulignent l’urgence de mettre fin au déni politique au plus haut niveau de l’État. Elles plaident pour la protection des agriculteurs face à la concurrence internationale et proposent une « clause de sauvegarde » pour empêcher l’importation de produits cultivés avec des substances interdites. Elles rappellent que la France est le premier consommateur de pesticides en Europe en volume et que plus de 300 substances actives y sont autorisées. Laurence Huc estime que le coût caché des pesticides en France s’élève entre 350 millions et plusieurs milliards d’euros par an. Des résidus de substances interdites, comme la chlordécone, peuvent persister dans les urines jusqu’à vingt ans. Les habitants et les agriculteurs sont les premiers exposés, mais l’impact s’étend aux cours d’eau, aux fruits et légumes, au vin et aux sols, touchant potentiellement l’ensemble de la population. Les deux ouvrages s’achèvent sur le cas de Sainte-Pazanne (Loire-Atlantique), où une école se trouve à proximité d’une ancienne usine de traitement du bois utilisant des pesticides et fongicides puissants. Entre mai 2015 et mai 2021, 25 enfants ont été diagnostiqués avec un cancer dans un rayon de 15 km. Les autorités sanitaires ont conclu à un manque de preuves, Yann Le Strat, directeur scientifique de Santé publique France, affirmant que les données sur les pesticides restent limitées. Les bandes dessinées abordent également le « retour de bâton contre le cancer » et l’offensive idéologique qui réduit les causes de la maladie à des comportements individuels, rendant invisibles les déterminants environnementaux. Marc Billaud, chercheur au CNRS, en parle dans Pesticides Kids. Les ouvrages soulignent la responsabilité institutionnelle et collective dans ces scandales sanitaires, avec des chapitres intitulés « Le déni des autorités de santé publique » et « Les mensonges à tous les niveaux ». Nolwenn Weiler et Sophie Chapelle reviennent sur la loi Duplomb, qui a réautorisé des insecticides et suscité une forte opposition à l’été 2025, devenant la deuxième pétition la plus signée après l’Affaire du Siècle en 2018. Les scientifiques qui établissent des liens entre pesticides et maladies sont accusés de pratiquer une « pseudo-science ».