Matthieu Blazy façonne une expérience onirique au Grand Palais, un lieu historique étroitement associé à la maison de luxe Chanel. Dès leur entrée dans l’espace, les visiteurs sont accueillis par une installation à couper le souffle : un vol d’oiseaux avec la lune accrochée au plafond de verre, créant une atmosphère éthérée. Cette collection poursuit le récit entamé lors du défilé de haute couture de Blazy en juillet dernier, qui présentait des décors inspirés de contes de fées. Cette fois, l’accent est mis sur le tailleur emblématique de Chanel, réinventé comme symbole de libération et de fluidité. La collection s’ouvre sur des pièces qui superposent différentes transparences, comme de la dentelle aux trous délibérés, des tricots rappelant une toile d’araignée ou des broderies ajourées. Ces éléments confèrent aux tailleurs une flexibilité remarquable, leur permettant de se mouvoir avec une grâce sensuelle à chaque pas. Les designs sont si légers qu’ils peuvent être portés directement sur la peau. Les mannequins sont présentés dans des postures détendues, leurs vestes traînant au sol comme s’ils étaient saisis dans un instant de mouvement. La collection de Blazy explore différentes étapes de la vie de Gabrielle « Coco » Chanel, depuis sa jeunesse, où le corset restrictif est réinterprété en lingerie délicate ornée de grandes fleurs, jusqu’à l’évolution de son identité. Elle s’aventure également dans la mode masculine, avec des pièces marquantes comme un tailleur pantalon porté avec désinvolture, les mains dans les poches, et l’illusion de tissus sur mesure. Des robes légères semblent flotter, dont une pièce sombre constellée d’étoiles évoquant le ciel nocturne. Lors d’un entretien, Blazy a expliqué que cette collection reflète la manière dont les femmes peuvent incarner de multiples versions d’elles-mêmes, à l’image des différentes facettes d’un même objet. Il l’a comparée à un « cadavre exquis », un jeu surréaliste où une identité en engendre une autre. L’accent est mis sur les couches cachées de l’identité féminine, en particulier sur Gabrielle, qui deviendra plus tard Coco Chanel. La collection comprend une large gamme d’accessoires : bijoux, foulards, boucles d’oreilles, boutons et petites camélias, hirondelles et martinets dorés. Elle rend aussi hommage à la première collection de haute joaillerie de Coco Chanel, Joaillerie de diamants, de 1932, qui présentait un thème céleste avec des étoiles autour du cou et des oreilles. On y trouve 83 modèles de chaussures différents, la pièce finale étant un manteau noir orné d’une fine brillance dorée et d’un tweed complexe, porté par un mannequin tenant le mythique sac 2.55, symbole du legs de Gabrielle.