Les femmes de plus de 80 ans font face à des défis physiques et sociaux, mais leurs récits restent peu visibles dans les médias. Leurs besoins de lien et d'autonomie sont cruciaux à mesure que leur nombre augmente.
Les femmes âgées au cœur des manifestations
Lors des récentes manifestations étudiantes, l'attention s'est portée sur un groupe rarement visible sur les chaînes d'information ou les réseaux sociaux : les femmes âgées de plus de 80 ans. Ces personnes, qui ont vécu une vie bien remplie, font aujourd'hui face à des difficultés physiques croissantes, certaines ayant besoin de l'aide des pompiers après des chutes.Des problèmes de santé qui s'aggravent avec la chaleur estivale
La chaleur de l'été a ajouté une pression supplémentaire sur la santé des personnes âgées, conduisant certaines à rester confinées chez elles. En quête de sécurité et de vie sociale, beaucoup envisagent un établissement d'hébergement pour personnes âgées, malgré la difficulté de quitter un environnement familier. En France, les personnes de plus de 85 ans étaient plus de 2,3 millions en 2024, selon l'Insee, soit plus de 3,38 % de la population totale, et ce nombre devrait continuer à augmenter.Une dévalorisation historique de la vieillesse
Le philosophe Roger Pol-Droit observe dans son ouvrage Savoirs, éthique et grand âge que la vieillesse a été de plus en plus « invisibilisée » au cours du XXe siècle. Ce processus est décrit comme multifactoriel, lié au déni de la finitude du corps, à un fantasme d'infini, à un refus du négatif, au remplacement du réel par le virtuel, ainsi qu'à la marginalisation de la mort.Les regards anciens sur le vieillissement
Ce phénomène s'inscrit dans une longue tradition de dévalorisation de la vieillesse, que l'on retrouve chez le poète antique Hésiode, qui décrivait la vieillesse comme une malédiction, et chez Platon, qui la considérait comme « la détérioration de l'être vivant sous l'effet du passage du temps ». Aristote décrivait les personnes âgées comme hésitantes, incapables de décider, soupçonneuses et méfiantes, égoïstes et craintives, ratatinées et insensibles.Une consolation limitée dans la philosophie antique
Sénèque et Montaigne ont offert une consolation limitée, suggérant que la vieillesse libère des désirs et des passions et prépare à la mort. Descartes, dans Discours de la méthode, a anticipé l'époque moderne en envisageant que les progrès de la technique et de la science éliminent les maux de la vieillesse, un rêve qui s'est en partie réalisé, mais avec pour conséquence une mise à l'écart croissante des personnes âgées.Les besoins psychologiques des personnes âgées
La psychiatre Nicole Guédeney souligne que les personnes âgées ont un besoin important de liens pour se sentir en sécurité. Selon John Bowlby, le besoin d'attachement existe tout au long de la vie et n'est pas seulement présent chez les bébés. La perte physique d'autonomie, l'isolement social, le deuil et la perspective de la mort peuvent réactiver le système d'attachement, surtout lorsque d'autres sources de réassurance, comme le statut social, les compétences intellectuelles ou les atouts physiques, disparaissent.L'influence de l'attachement de l'enfance sur le vieillissement
La manière dont les individus réagissent à ces difficultés dépend du système d'attachement qu'ils ont développé dans l'enfance. Les études portant sur l'attachement des personnes très âgées suggèrent une surreprésentation des stratégies évitantes, typiques des enfants qui n'ont pas reçu de réponse à leurs demandes de réconfort. Cela pourrait s'expliquer par un contexte traumatique ou par des changements dans le réseau des figures d'attachement chez les personnes âgées.La théorie de l'attachement dans les soins gériatriques
La théorie de l'attachement commence à influencer les pratiques gériatriques, bien que encore marginalement, selon Nicole Guédeney. Ses analyses pourraient aider la société occidentale à mieux considérer ses aînés, en mettant l'accent sur des soins respectueux, la reconnaissance émotionnelle et le désir d'autonomie, ainsi que sur les gestes, les attentions et le dialogue intergénérationnel.La vieillesse, un temps de renouveau
Comme l'écrivait Cicéron dans De la vieillesse, le grand âge peut aussi être celui des réussites et des accomplissements. La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval note dans Savoirs, éthique et grand âge que certaines vies recommencent à l'âge avancé. Une amie m'a raconté comment sa tante, à 85 ans, a non seulement recréé un foyer dans son nouvel appartement, mais a aussi trouvé l'amour et s'est récemment mariée.