La santé des femmes a longtemps été négligée dans la recherche médicale, mais des efforts récents cherchent à corriger ces déséquilibres. L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), un acteur majeur de la recherche publique française, joue un rôle clé grâce à ses programmes de recherche et à la coordination d’initiatives. Les détails de ces actions sont présentés dans le rapport d’activité 2025 de l’institut. L’endométriose, une maladie dans laquelle un tissu semblable à la muqueuse utérine se développe en dehors de l’utérus, ne fait l’objet de recherches approfondies que depuis une vingtaine d’années. Cette pathologie peut provoquer des douleurs pelviennes chroniques et des problèmes de fertilité, mais ses causes exactes restent mal comprises, et son diagnostic reste difficile. Ludivine Doridot et ses collègues à l’Institut Cochin à Paris travaillent sur plusieurs fronts pour améliorer la compréhension et le traitement de l’endométriose. L’un de leurs projets, intitulé Multimendo, vise à identifier des biomarqueurs dans le sang menstruel qui pourraient mener à un test de diagnostic peu coûteux. Cette recherche s’inscrit dans le cadre du programme prioritaire de recherche « Santé des femmes, santé des couples », financé dans le cadre du plan France 2030. Ce programme rassemble des experts de disciplines variées et prévoit le recrutement de plusieurs centaines de femmes atteintes d’endométriose dans des villes comme Nantes, Rennes et Toulouse. L’étude analysera des échantillons de tissus et de microbiote à l’aide de techniques avancées comme la transcriptomique spatiale, et évaluera également de nouveaux traitements sur des organoïdes endométriaux, c’est-à-dire des versions miniatures et simplifiées de tissus humains utilisées en recherche. Le programme prioritaire aborde également, à travers l’initiative Infertil-Safe, le Rapport 2022 sur les causes de l’infertilité. Ce projet examine l’impact de l’environnement et du mode de vie sur la fertilité, tout en visant à améliorer les techniques de procréation médicalement assistée. Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), une cause fréquente d’infertilité féminine, constitue un axe particulier. Le SOPK est associé à des troubles métaboliques, augmentant le risque de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de troubles psychiques. Paolo Giacobini, directeur de recherche à l’Inserm, travaille sur des outils prédictifs de l’infertilité et explore de nouveaux traitements, dont l’immunothérapie. Son équipe a mis au point un traitement par immunothérapie breveté via Inserm Transfert. Les premiers résultats suggèrent que ce traitement pourrait aider à corriger les taux d’hormones androgènes, restaurer la structure ovarienne et rétablir l’ovulation dans un modèle expérimental de SOPK. L’Inserm s’attaque aussi aux principales causes de mortalité féminine, notamment le cancer. Il est cofondateur de l’Institut des cancers des femmes (Institut des cancers féminins) à l’Institut Curie, créé en 2023 en partenariat avec l’Université Paris Sciences et Lettres. L’un des objectifs de cet institut est de créer un « atlas » des cancers féminins, incluant le cancer du sein, qui cause environ 12 000 décès par an en France. Cette base de données multi-échelle intégrera des données moléculaires et cliniques, ainsi que des informations issues des sciences humaines et sociales. Elle devrait inclure des échantillons de plus de 30 000 patientes d’ici dix ans. Raphaël Ceccaldi, lauréat du Ruban Rose Avenir en 2025, développe une nouvelle classe de médicaments contre le cancer du sein triple négatif, une forme particulièrement agressive, résistante aux traitements et touchant des femmes plus jeunes. François-Clément Bidard et ses collègues ont identifié des biomarqueurs cancéreux dans des échantillons sanguins, dont une mutation génétique liée à la résistance de certaines patientes atteintes de cancer du sein à certaines hormonothérapies. Les maladies cardiovasculaires représentent une cause majeure de mortalité chez les femmes, mais leurs risques sont souvent sous-estimés. Geneviève Plu-Bureau, cheffe du service de gynécologie médicale de l’hôpital Cochin - Port-Royal à Paris, souligne la nécessité d’une meilleure sensibilisation et d’un dépistage accru. Des facteurs tels que l’hypertension artérielle, le diabète, un taux de cholestérol anormal, des migraines, les antécédents de grossesse, les fausses couches et la prééclampsie doivent être pris en compte dans l’évaluation du risque cardiovasculaire. L’endométriose a également été associée à un risque accru de problèmes cardiovasculaires, selon une méta-analyse récente. Nabila Bouatia-Naji, directrice de recherche à l’Inserm au centre de recherche cardiovasculaire de Paris, a reçu le prix Science et Société-Opecst 2025 pour son travail de sensibilisation aux maladies cardiovasculaires qui touchent de manière disproportionnée les femmes.