TotalEnergies publie sa nouvelle perspective énergétique

TotalEnergies a publié la huitième édition de son « TotalEnergies Energy Outlook 2026 », présentant trois scénarios d'évolution du système énergétique mondial jusqu'en 2060. Le rapport anticipe un pic de la demande mondiale de pétrole entre 2035 et 2040, suivi d'un déclin.

Demande énergétique mondiale et croissance

Le rapport décrit une situation paradoxale. D'une part, toutes les sources d'énergie connaissent encore une hausse de leur demande, y compris le charbon, le pétrole et le gaz. Plus de la moitié de la population mondiale n'a toujours pas un accès suffisant à l'énergie pour améliorer son développement en matière d'éducation, de santé et de création de richesses. D'autre part, le rythme de croissance des énergies fossiles et des émissions de gaz à effet de serre qui leur sont associées ralentit, alors que la croissance économique mondiale reste supérieure à 3 %.

Investissements dans les énergies bas carbone

Les flux d'investissement témoignent de la profondeur de la transformation en cours. Les investissements dans les énergies bas carbone, y compris l'électrification de la demande, ont presque doublé en dix ans, passant de 1 200 milliards de dollars en 2015 à 2 100 milliards en 2025. La Chine s'impose comme l'acteur central, concentrant environ 60 % des nouvelles installations solaires, 70 % des éoliennes et 60 % des ventes de véhicules électriques.

Crises énergétiques et accélération de la transition

Les crises récentes, notamment celle du détroit d'Ormuz en 2026 après la crise ukrainienne de 2022, éprouvent la résilience du système énergétique. Elles mettent en lumière les enjeux de sécurité d'approvisionnement, qui impliquent de promouvoir l'énergie locale (renouvelables, biocarburants) et de diversifier les sources d'énergies fossiles. Paradoxalement, ces crises peuvent aussi servir d'accélérateur à la transition.

Trois scénarios énergétiques pour l'avenir

TotalEnergies a actualisé ses trois scénarios pour les systèmes énergétiques futurs, chacun reposant sur des hypothèses distinctes concernant le niveau d'ambition des États en matière climatique et leur capacité à coopérer. Le premier, appelé « Trends », prolonge les trajectoires actuelles. Il intègre l'accélération de la pénétration des technologies bas carbone matures (solaire, éolien, véhicules électriques, pompes à chaleur), mais tient compte des contraintes d'infrastructures, en particulier des réseaux électriques, ainsi que des tensions géopolitiques et des obstacles liés aux coûts.

Un scénario énergétique plus ambitieux

Le scénario « Momentum » est plus ambitieux. Il suppose que les pays de l'OCDE atteignent la neutralité carbone d'ici 2050, et la Chine d'ici 2060. Il implique une électrification accrue de la demande finale, l'abandon quasi total du charbon dans les pays de l'OCDE, une forte réduction de son usage en Chine et une croissance seulement légère en Inde. Le gaz naturel joue un rôle de énergie de transition pour l'électricité et l'industrie, tandis que de nouvelles sources d'énergie sont déployées dans les secteurs non électrifiables.

Le scénario climatique le plus ambitieux

Le troisième scénario, « Rupture », est un scénario normatif construit à partir de l'objectif de limiter la hausse des températures à moins de 2 °C, conformément à l'Accord de Paris. Il exigerait une coopération multilatérale nettement renforcée en faveur de la décarbonation mondiale, avec une baisse beaucoup plus rapide de l'usage du charbon dans le secteur électrique, une part stable du gaz naturel et une forte hausse de la production d'électricité bas carbone.

Pic et déclin de la demande de pétrole

L'une des principales révélations du rapport concerne la demande de pétrole. Lors de la présentation du document, Aurélien Hamelle a affirmé que TotalEnergies prévoit que la demande mondiale de pétrole atteigne son pic entre 2035 et 2040. Il a précisé que celle-ci pourrait ensuite connaître un déclin accéléré si les ventes de véhicules électriques continuaient de progresser au rythme actuel.

Stratégies énergétiques régionales

Le rapport met en évidence des stratégies énergétiques de plus en plus différenciées selon les régions. Les États-Unis, devenus exportateurs nets de gaz en 2017 et de produits pétroliers en 2020 grâce aux gaz de schiste, continueront de s'appuyer sur leurs ressources domestiques en énergies fossiles. Celles-ci représenteront encore environ 60 % de l'énergie primaire en 2060, contre 80 % aujourd'hui.

La domination énergétique de la Chine

La Chine poursuit son ambition de devenir une « puissance électrique », consolidant sa domination sur les technologies bas carbone grâce à son intégration sur l'ensemble des chaînes de valeur. Bien qu'elle continue d'augmenter la capacité installée de ses centrales à charbon, la pénétration massive des sources d'électricité renouvelable, la construction d'un parc nucléaire important et l'investissement dans la flexibilité de ses centrales à charbon lui permettent de réduire la part du charbon dans l'énergie primaire, d'environ 60 % en 2025 à environ 25 % en 2060.

Les défis énergétiques européens

L'Union européenne fait figure de pionnière dans la réduction des émissions en poursuivant la décarbonation de son mix électrique. Elle doit toutefois faire face à des besoins d'investissement massifs dans ses réseaux électriques et est confrontée à la double nécessité de préserver la compétitivité de son industrie et de surmonter les réticences de sa population face à la hausse des coûts liés à la décarbonation des usages de l'énergie.

Trilemme énergétique et enjeux mondiaux

Les trois scénarios présentés par TotalEnergies intègrent les défis du trilemme énergétique : sécurité d'approvisionnement, prix et décarbonation. Le rapport constate que le système énergétique mondial continue d'évoluer « sur une corde raide », entre les enjeux de résilience et de souveraineté mis en lumière par la crise au Moyen-Orient, et une transition qui se poursuit.

Une lecture prudente des projections

Selon Notre-planete, les projections de TotalEnergies doivent être interprétées avec prudence, car elles reflètent les hypothèses d'un groupe énergétique et non un consensus scientifique sur l'avenir. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) rappelle que limiter le réchauffement à 1,5 ou 2 °C exige des réductions des émissions profondes et rapides. Or, même le scénario le plus ambitieux présenté par TotalEnergies ne permet plus d'atteindre l'objectif de 1,5 °C de l'Accord de Paris.

Implications pour les marchés et les investisseurs

Les prévisions de TotalEnergies sur la demande de pétrole et d'énergie ont des implications majeures pour les marchés et les investisseurs. L'annonce d'un pic de la demande de pétrole entre 2035 et 2040 confirme une tendance déjà anticipée par plusieurs analystes, mais la révision à la baisse par rapport aux prévisions de l'année précédente témoigne d'une accélération de la transition.

Financer la transition énergétique

Le rapport souligne également les défis liés au financement de la transition. Les besoins d'investissement sont considérables, notamment pour moderniser les réseaux électriques, développer les infrastructures de recharge des véhicules électriques et déployer les technologies de captage et stockage du carbone. Les États devront concilier la préservation de la compétitivité de leur industrie, la sécurité d'approvisionnement et les objectifs climatiques. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de rivalités commerciales accrues, la coopération internationale apparaît plus que jamais nécessaire pour accélérer la transition et limiter le réchauffement climatique.