Élise Lhomeau et Nicolas Giuliani ont adapté l’histoire de Germaine Aziz, ancienne journaliste au quotidien français Libération, exploitée par un réseau de prostitution pendant près de vingt ans. La pièce, intitulée Les Chambres closes, s’ouvre par la phrase « Ouvrez ce livre » et s’inspire de la vie de Germaine Aziz (1928-2003), née à Oran, en Algérie, et orpheline dès son plus jeune âge. Après la Seconde Guerre mondiale, elle fut vendue et contrainte à la prostitution en Algérie. Élise Lhomeau, qui avait connu Germaine Aziz dans son enfance, a découvert son livre et les détails de son passé plusieurs années après sa mort. La pièce relève le défi de raconter l’histoire d’une personne connue seulement par fragments et de briser la pudeur d’un récit qui n’a pas été directement transmis. Pendant près d’une heure, Élise Lhomeau, qui a joué à la prestigieuse Comédie-Française, incarne avec force Germaine Aziz, ainsi qu’une série de personnages secondaires. La performance met l’accent sur la manipulation et la destruction de la jeunesse de Germaine. Le spectacle, en un seul tableau, se distingue par une scénographie minimaliste, presque sans éclairage, et un lit posé sur scène qui tantôt se tourne vers le public, tantôt vers le mur. La forme rectangulaire et les barreaux du lit évoquent un sentiment d’enfermement. Certains moments d’obscurité rappellent des éclairs de mémoire de Germaine, où les traumatismes du passé resurgissent. La pièce aborde également le défi de l’écriture et ses vertus libératrices. Elle montre comment Germaine Aziz émerge d’un cauchemar et puise une vitalité dans ses expériences. Les Chambres closes est une performance sur la réappropriation de son histoire par l’écriture, une reconquête du pouvoir sur son propre récit. La pièce vise non pas à oublier, mais à se souvenir, afin de s’en libérer. Elle redonne vie à Germaine Aziz sur scène avec ses propres mots, la faisant à nouveau sortir du silence. Son histoire résonne avec des enjeux contemporains, notamment ceux des crimes de guerre, en particulier ceux commis contre les femmes. Les Chambres closes, de Nicolas Giuliani et Élise Lhomeau, est actuellement à l’affiche au Théâtre du Rond-Point. La pièce offre une manière de percer les chambres closes du passé et d’emprunter le chemin de la transmission, afin que la voix de Germaine Aziz ne soit pas seulement entendue, mais aussi retenue.