Le silence en réunion peut traduire bien plus que de la timidité : selon les recherches, il peut révéler la peur, une hésitation collective, voire un potentiel de leadership caché.
Le silence au travail est courant
Près de neuf personnes sur dix gardent pour elles des remarques importantes, selon une enquête menée par des chercheurs de la Stern School of Business, à New York. Sur 40 professionnels interrogés, 85 % ont admis avoir renoncé à soulever des problèmes auprès de leurs supérieurs. Un collègue silencieux n'est pas forcément désengagé ; il peut avoir des idées importantes qu'il préfère retenir.Les raisons du silence au travail
Une étude de 2003 publiée dans le Journal of Management Studies, signée Frances Milliken et ses collègues, a examiné les raisons pour lesquelles les gens restent silencieux. La principale n'était pas un manque d'idées, mais la peur d'être mal perçu et d'abîmer des relations importantes. Autre constat : 74 % de ceux qui se sentaient mal à l'aise à l'idée de prendre la parole estimaient que leurs collègues, pourtant conscients du problème, avaient eux aussi choisi de se taire.Les réunions bavardes ne sont pas forcément efficaces
En 2010, l'équipe d'Anita Williams Woolley a étudié 699 personnes réparties en groupes de deux à cinq, travaillant sur différentes tâches. Publiée dans Science, cette étude a montré que la performance d'un groupe ne dépendait ni du QI moyen ni du membre le plus intelligent. Elle s'améliorait plutôt lorsque les membres savaient lire les émotions des autres et lorsque la parole était équilibrée, permettant aux personnes plus réservées de contribuer. Cela suggère qu'accorder de la place aux membres les plus discrets peut rendre une équipe plus efficace.Le silence peut être un atout en matière de leadership
Une étude de 2011 publiée dans l'Academy of Management Journal a remis en question l'idée selon laquelle les dirigeants doivent être extravertis. Les chercheurs ont constaté que des managers très extravertis, dans une chaîne de pizzerias, réalisaient davantage de profits lorsque leurs équipes étaient passives, mais moins lorsque celles-ci prenaient des initiatives. Lors d'expériences, des résultats similaires ont été observés avec des équipes pliant des t-shirts. Selon l'étude, les dirigeants plus réservés écoutent mieux et exploitent les idées de leurs employés, tandis que les dirigeants extravertis peuvent se sentir menacés par elles. Le silence en réunion n'est donc ni intrinsèquement un défaut ni une qualité, mais un signal qu'il convient de comprendre avant de supposer qu'une personne n'est pas impliquée.