Un nouveau musée d'art contemporain ouvre sur l'Île Seguin, jadis jugée maudite, suscitant un débat sur son héritage et son avenir.
Le nouveau musée de l'île Seguin ouvre ses portes
L'île Seguin, longtemps associée à des projets avortés et à des légendes locales sur un terrain « maudit », accueille un nouveau musée d'art contemporain baptisé Large, qui ouvre ses portes au public samedi. Installé sur le site de l'ancienne usine Renault fermée en 1992, le musée s'étend sur 5 000 mètres carrés et s'inscrit dans un projet plus vaste, « Pointe des arts », qui comprend un cinéma, un hôtel de luxe, des bureaux et des commerces.Une histoire de projets avortés
Le site compte de nombreux projets avortés. Des personnalités comme Jean Nouvel, François Pinault, Renzo Piano et Vincent Bolloré ont un temps convoité le terrain, avant d'abandonner. Le seul projet achevé sur l'île avant celui-ci était la Seine Musicale, inaugurée en 2017 à l'autre extrémité de l'île.Bénédictions spirituelles et croyances locales
Selon le président de l'aménagement, Laurent Dumas, le projet a été béni par une médium, un chef amérindien, un chaman et un prêtre vaudou, appelés à repousser « les forces de l'esprit » hors du site. Certains pensent que le terrain est hanté par les esprits d'anciens ouvriers de l'usine Renault, tandis que d'autres attribuent les échecs passés au manque de soutien des élus, aux conflits politiques et aux obstacles administratifs.Des réactions contrastées face au nouvel aménagement
Le maire de Boulogne-Billancourt, Pierre-Christophe Baguet, et Laurent Dumas attribuent la réussite du projet à leur persévérance. Toutefois, tout le monde n'accueille pas ce nouvel aménagement avec enthousiasme. Des critiques estiment que le bâtiment est trop imposant, pas assez respectueux de l'environnement et qu'il n'honore pas suffisamment la mémoire des ouvriers de Renault qui y ont travaillé.Enjeux environnementaux et historiques
Bernard Landau, urbaniste et président de l'association « La Seine n'est pas à vendre », estime que l'île pourrait devenir un parc prisé des habitants, grâce à sa situation dans un couloir de fraîcheur le long de la Seine et à sa proximité des coteaux de Meudon. Il critique toutefois les projets menés sur l'île Seguin, qu'il juge dépassés et insuffisamment attentifs au changement climatique.Héritage et mémoire des ouvriers de Renault
Pauline Rapilly-Ferniot, conseillère municipale des Ecologistes, déplore que le passé industriel de l'île ait été « complètement effacé ». Le site a été le berceau des voitures 4CV et 4L et un lieu majeur des luttes sociales, avec jusqu'à 30 000 ouvriers de Renault dans les années 1930. L'exposition inaugurale de Large présente des œuvres issues de la collection Renault ainsi que d'autres artistes contemporains, en hommage aux ouvriers. Certains, comme Emmanuelle Dupuy, de l'Association des anciens salariés de Renault-Billancourt Île Seguin (Atris), estiment toutefois que cette exposition ne durera pas et qu'un mémorial plus pérenne est nécessaire.Les défis qui restent à relever sur l'île Seguin
Le centre de l'île reste en grande partie inexploité, un vaste terrain vide servant actuellement de parking. Une résidence étudiante soutenue par Emerige est prévue, mais Bouygues Immobilier a fait face à des recours juridiques de groupes locaux et environnementaux contre son projet de bureaux sur le site. Certains avancent que l'île connaît peut-être un retour de sa « malédiction », mais Rapilly-Ferniot affirme que l'île n'est pas maudite et y voit plutôt une « résistance organisée des habitants face à des projets qu'ils jugent sans pertinence ».