Débat sur l'avenir de l'éducation

Un débat intitulé Métamorphose(s) de l'Éducation s'est tenu le mardi 13 octobre 2026 à Paris, dans les locaux d'Onepoint, dans le cadre d'un événement consacré à l'avenir de l'éducation. Plusieurs discussions, animées par Olivia Recasens, rédactrice en chef de WE DEMAIN, ont réuni des représentants de grandes écoles, d'institutions publiques et des entrepreneurs de l'EdTech.

Adapter l'éducation aux besoins de chacun

L'un des thèmes abordés était la question de savoir si le modèle traditionnel d'un cours uniforme pour tous les élèves devait être remplacé. Orianne Ledroit, déléguée générale d'EdTech France, a défendu l'idée que les technologies éducatives peuvent adapter les contenus au rythme et aux difficultés de chaque élève. Elle a toutefois insisté sur la nécessité de distinguer les outils d'IA généralistes de ceux conçus spécifiquement pour l'apprentissage, en collaboration avec les enseignants et les chercheurs.

Concilier technologie et rôle humain

Marc-Henri Desportes, président exécutif d'Omnes Education, a soutenu une approche complémentaire, incluant des parcours d'apprentissage plus souples et des passerelles interdisciplinaires. Il a souligné que la classe demeure un espace collectif essentiel pour apprendre, affirmant : « Apprendre ensemble, c'est avant tout apprendre à être ensemble. » Les deux intervenants se sont accordés sur le fait que la technologie ne doit pas remplacer les enseignants. Desportes a insisté sur la nécessité de renforcer le rôle de l'humain dans l'éducation, tandis que Ledroit a plaidé pour une meilleure formation des enseignants aux usages pédagogiques de l'IA et pour la priorité donnée à des outils éducatifs fiables.

Repenser la valeur des diplômes

Une deuxième discussion portait sur la valeur des diplômes dans un marché du travail en rapide évolution. Francesco Rattalino, premier vice-président exécutif de l'ESCP, a fait valoir qu'un diplôme représente bien plus que des connaissances techniques : il certifie le développement de l'esprit critique, de la créativité, de la communication et de la capacité à apprendre, qualités plus résistantes aux mutations du marché de l'emploi. Leïla Maidane, fondatrice d'Interskillar, a remis en question la place toujours prioritaire accordée aux diplômes lors des recrutements, suggérant que les organisations devraient plutôt évaluer la contribution réelle de chaque individu.

Aligner la formation sur les besoins professionnels

Rattalino a défendu la durée de cinq ans de l'enseignement supérieur, à condition qu'elle intègre des expériences internationales, des formations en alternance et des activités collectives allant au-delà des savoirs académiques. Maidane a plaidé pour un rapprochement plus étroit entre la formation et le monde professionnel, et pour l'abandon de l'idée selon laquelle l'apprentissage serait une étape qui précède le travail. Les deux intervenants ont convenu que l'éducation doit évoluer pour répondre aux exigences d'un marché du travail en mutation.

Le rôle des enseignants à l'ère numérique

Un troisième débat réunissait Sylvie Retailleau, ancienne ministre de l'Enseignement supérieur et présidente d'Universcience, et Jules Simiand Brocherie, fondateur d'ExtraStudent. Tous deux ont reconnu que les écoles n'ont plus le monopole de la transmission du savoir, car des plateformes comme YouTube et l'intelligence artificielle permettent désormais d'apprendre en dehors de la salle de classe. Simiand Brocherie, qui a beaucoup appris grâce à YouTube, a soutenu que l'éducation devrait mieux préparer les élèves à un monde professionnel incertain, en favorisant l'autonomie et le travail personnel.

Préserver l'esprit critique dans l'éducation

Retailleau a répondu que cette évolution souligne l'importance des enseignants, qui aident les élèves à construire une argumentation, à vérifier leurs sources et à adopter une démarche scientifique. Elle a insisté sur l'importance d'enseigner le raisonnement plutôt que la seule exactitude des résultats. Les débats ont également mis en évidence la nécessité pour l'éducation d'aller au-delà de la réponse aux besoins immédiats des entreprises, en privilégiant la transmission d'un socle commun de connaissances, le développement de la curiosité et l'aide apportée à chacun pour trouver sa place dans la société.

Une éducation pour un avenir incertain

Cette mission apparaît de plus en plus importante à mesure que la technologie transforme la nature des compétences requises. Leïla Maidane a fait remarquer que la formation privilégie souvent la recherche de bonnes réponses plutôt que la capacité à poser les bonnes questions. Les débats ont finalement dessiné une vision de l'éducation alliant savoirs fondamentaux, pensée autonome et capacité d'apprentissage tout au long de la vie, avec la conviction partagée que les outils numériques, aussi puissants soient-ils, ne sauraient remplacer la richesse des échanges humains.