Les activités d'un géant chinois de la céramique au Cameroun ont laissé des cicatrices environnementales et des promesses non tenues, suscitant le mécontentement local.
Une entreprise chinoise à l'origine d'un mécontentement local au Cameroun
Une entreprise chinoise de céramique, Keda Cameroon Ceramics, suscite la frustration des communautés locales du sud du Cameroun en raison de ses effets sur l'environnement et sur la vie sociale. Les activités de carrière de l'entreprise dans le village d'Afan-Oveng, près de Kribi, ont laissé de profondes excavations et modifié le paysage : des fosses remplies d'eau et des zones envahies par la végétation ont remplacé les terres cultivées et les sentiers.La production de céramique et l'extraction de ressources chez Keda
Keda Ceramics extrayait de l'argile blanche de la carrière d'Afan-Oveng pour produire des carreaux destinés au marché camerounais. Le site est aujourd'hui fermé, mais les excavations demeurent. Depuis 2023, Keda Cameroon Ceramics, filiale du groupe industriel chinois Keda Industrial Group, a obtenu des permis d'extraction d'argile et de feldspath à plusieurs endroits du département de l'Océan. Ces matériaux sont transformés à l'usine de Bipaga 1, à environ trente kilomètres de Kribi.La propriété de Keda et ses activités mondiales
Liang Tongcan, principal actionnaire de Keda Industrial Group, détient 19,5 % de l'entreprise et possède une fortune estimée à 1,4 milliard de dollars. Fondé en 1992 à Foshan, dans la province du Guangdong, le groupe s'est développé à l'international, en particulier en Afrique, par l'intermédiaire de Twyford International. En 2025, Keda a réalisé un chiffre d'affaires mondial d'environ 2,65 milliards d'euros, avec une production importante en Afrique, notamment au Cameroun.Les partenariats de Keda avec des entreprises énergétiques
L'entreprise chinoise s'est associée à des sociétés pétrolières et gazières pour soutenir sa production. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et le groupe franco-britannique Perenco fournissent du gaz à l'usine de Bipaga de Keda, près de Kribi. Cette collaboration constitue une chaîne industrielle complète, depuis la production de gaz jusqu'à son acheminement pour la fabrication de carreaux.Préoccupations environnementales et communautaires à Mangouma
À Mangouma, où Keda extrait du feldspath, des habitants signalent des dégâts structurels dans leurs maisons causés par les tirs de mine. Une habitante âgée a déposé une plainte auprès des autorités locales, faisant état de fissures dans les murs de sa maison. Des préoccupations similaires en matière d'environnement et de sécurité sont signalées dans d'autres zones où Keda est présente.Les permis légaux de Keda et ses engagements envers les communautés
La présence de Keda Cameroon Ceramics à Afan-Oveng est légale, sur la base de permis obtenus en 2023. Une commission administrative a mis en avant des considérations environnementales et culturelles, notamment un cours d'eau, des cultures et des sites funéraires. L'entreprise a été tenue d'élaborer un document participatif énonçant ses engagements envers la communauté, tels que l'entretien des routes, des indemnisations et l'amélioration des infrastructures.Promesses non tenues et griefs des communautés
Malgré ces engagements, les habitants affirment ne pas avoir été informés du contenu de ce document, et les indemnisations font l'objet de vives contestations. L'entreprise a proposé 300 000 francs CFA (457 euros) pour la rénovation de salles de classe, somme que les habitants jugent insuffisante. À Mangouma, les habitants indiquent que seules des aides élémentaires, comme de la nourriture et du vin, ont été fournies, sans améliorations substantielles.Litiges autour des recettes et de la gouvernance locale
Les villageois soupçonnent les maires locaux de tirer profit des activités de carrière à leurs dépens. À Lolodorf, le maire reconnaît percevoir une taxe sur le transport des matériaux issus de la carrière, tandis qu'à Nieté, le maire nie avoir reçu le moindre argent de Keda. Ces différends illustrent les tensions autour de la répartition des recettes et de la gouvernance locale.La réponse de Keda aux critiques
Keda Cameroon Ceramics affirme se conformer aux lois camerounaises et aux directives administratives. L'entreprise conteste les allégations des communautés et déclare qu'elle verse à l'État et aux autorités locales les sommes exigées. Elle affirme également avoir réparé les dégâts causés par les tirs de mine et restreint l'accès au site afin de prévenir les accidents, ajoutant qu'elle compte reprendre ses activités.Préoccupations environnementales et contrôle réglementaire
Des habitants accusent Keda de polluer les sources d'eau, un cours d'eau local ayant blanchi. L'entreprise dément, affirmant qu'elle recycle toute l'eau utilisée dans son usine. Elle a toutefois refusé de permettre une visite de ses bassins de recyclage afin d'examiner d'éventuels rejets. Le contrôle environnemental dans la région relève de la délégation départementale, qui reconnaît certaines insuffisances dans les pratiques de Keda.L'expansion continue de Keda au Cameroun
Selon le ministère des Mines, Keda a obtenu des permis d'exploitation supplémentaires au Cameroun, notamment à Mengong, Manjo et Dizangué. Ces nouveaux permis témoignent de la volonté persistante de l'entreprise d'étendre ses activités dans la région.