Joël Bernat explore les théories de Wilhem Reich sur le blocage orgasmique, en mettant en lumière les facteurs émotionnels et psychologiques qui entravent la satisfaction sexuelle.
Revisiter les théories orgasmiques de Reich
Dans son livre La fonction de l’orgasme selon Wilhem Reich, Joël Bernat, psychanalyste et auteur, revisite les conclusions de Wilhem Reich, un élève de Freud, et les analyse. Il s'intéresse particulièrement aux facteurs que Reich a identifiés comme empêchant une satisfaction orgasmique complète.La peste émotionnelle
Bernat recense 10 causes principales du blocage orgasmique, qu'il appelle la « peste émotionnelle ». L'absence de tendresse, de respect et d'écoute de l'autre est mise en avant comme un facteur important. L'échange et la communication sont présentés comme des stimulants sexuels : des conversations plus riches et plus fluides augmentent le désir.Facteurs influençant l'orgasme
Se sentir bien avec quelqu'un fait partie des facteurs qui favorisent l'orgasme. L'éducation, les expériences sexuelles traumatisantes, les complexes, les angoisses ou les fantasmes violents sont cités comme des obstacles potentiels à la satisfaction orgasmique. Les jugements moraux et/ou les troubles psychologiques peuvent nuire à la capacité d'atteindre l'orgasme.Croyances culturelles et personnelles
Si l'on croit que les cheveux sont sales ou que le sexe sent mauvais, il peut être difficile d'atteindre un plaisir complet. De même, un manque d'éducation sexuelle, des peurs ou des expériences sexuelles traumatisantes peuvent affecter négativement le rapport à la sexualité. Comprendre et résoudre ces blocages est essentiel avant d'atteindre une pleine satisfaction sexuelle.Estime de soi et respect
Un manque d'estime de soi ou de respect envers l'autre influence également le plaisir. Les sentiments ou les ressentiments envers soi-même ou envers l'autre peuvent avoir un impact important sur la satisfaction sexuelle. Par exemple, la dépression, une faible estime de soi ou la fatigue peuvent entraver la capacité à atteindre l'orgasme.La pression de la performance
La recherche de performance est un autre facteur qui peut bloquer l'orgasme. Toute pression de ce type fera inévitablement obstacle à l'orgasme. Il faut faire l'amour pour l'amour, et non pour atteindre un objectif précis. C'est le chemin du plaisir qui doit mener à l'orgasme, et non l'inverse.Contrôle et effet spectateur
Un contrôle excessif et « l'effet spectateur » sont également cités comme inhibiteurs. Il s'agit de la conséquence logique du conseil précédent. Pour jouir, il faut pouvoir lâcher prise. La volonté ne doit pas intervenir dans l'amour : il faut savoir se laisser aller.Le phénomène du spectateur
Ce concept est désigné par William Masters et Virginia Johnson, sexologues américains ayant mené les premières études sur l'orgasme, comme le phénomène du « spectateur » : rester maître de soi et juger la situation est un excellent inhibiteur de l'orgasme. En revanche, si l'on se sent respecté et aimé par l'autre, il est plus facile de s'abandonner au plaisir.Préliminaires et équilibre
L'absence ou la présence de trop nombreux préliminaires est également abordée. L'absence totale d'actes préparatoires lors d'une relation sexuelle risque d'empêcher l'orgasme, car ceux-ci permettent à l'esprit de « entrer dans l'eau » et au plaisir de monter. Toutefois, des préliminaires interminables peuvent épuiser les ressources de l'excitation et disperser le plaisir.Harmonie physique
Les mouvements brusques, précipités et/ou désaccordés avec ceux du partenaire sont déconseillés. L'amour mécanique est considéré comme pire que toute autre approche. La sensualité passe par des caresses douces, tendres et profondes, en symbiose avec celles de son partenaire.Stimulation et concentration
L'excitation partielle, et non l'érotisation de la personne tout entière, est un autre facteur. Il n'est pas nécessaire de se concentrer sur une seule zone érogène, car la stimulation multiple favorise grandement l'orgasme. Sur le plan psychologique, cela offre un cocktail d'hormones du plaisir, bénéfiques pour le moral et le plaisir.Achèvement et suites
L'orgasme retenu ou contrarié est également abordé. Si l'on s'arrête au milieu du rapport ou au milieu de l'orgasme, la frustration sera grande, ce que Reich (et Freud) nomment une « stase », un petit résidu. Un sentiment final d'amertume est également évoqué : il s'agit de l'effet secondaire de la « petite mort », qui provoque un état de tristesse, une sorte de « blues post-coïtal ».Impact culturel
Selon Reich, ce phénomène est culturel : « Omne animal post coitum triste est. » L'accumulation de ces petites frustrations peut engendrer divers types de comportements compensatoires, tels que l'hypersexualité, la nymphomanie, des problèmes d'exhibitionnisme, des problèmes sadomasochistes, ou encore des résistances provoquant ce que Reich appelle une « cuirasse caractérielle ».Vers une satisfaction complète
Pour éviter cela, il convient de jouir, mais de bien jouir. Selon Reich, le secret pour atteindre cette plénitude sexuelle réside avant tout dans une relation d'échange entre alter ego. En somme : jouer d'égal à égal, avec quelqu'un de compréhensif et de respectueux.