Dorothée Gilbert a dansé son dernier spectacle à l'Opéra de Paris, mettant fin à une carrière de 42 ans entre adieux émouvants et hommages.
Dernière représentation au Palais Garnier
Le jeudi 15 octobre, lors d'une soirée chargée d'émotion, l'étoile a interprété pour la dernière fois L'Histoire de Manon au Palais Garnier. À 42 ans, elle quitte une carrière magnifique et un public nostalgique. La représentation a duré près de quarante minutes, ponctuée d'ovations et d'applaudissements frénétiques, depuis les fauteuils d'orchestre jusqu'aux places debout de l'amphithéâtre.Un moment d'émotion sur scène
Sur scène, Dorothée Gilbert a soudain relâché la tension et a pleuré dans les bras rassurants d'Hugo Marchand, avec qui elle venait de danser L'Histoire de Manon. On ne savait plus très bien si elle était encore « Manon », l'héroïne du roman de l'abbé Prévost Manon Lescaut, chorégraphié par l'Écossais Kenneth MacMillan, qui venait de mourir d'épuisement dans les bras des Grieux, ou si elle était submergée par sa propre émotion d'artiste.Une retraite à l'âge légal
Dorothée Gilbert, 42 ans, vient de danser pour la dernière fois sur la scène de l'Opéra de Paris. Elle fait ses « adieux » à l'âge légal de la retraite, une règle qui garantit l'excellence du ballet, tant l'effort et la maîtrise technique qu'exige le style académique sont exigeants. La représentation s'est distinguée par ses registres émotionnels et techniques, au fil d'une histoire d'amour aussi exaltante que désespérée.Profondeur artistique et émotionnelle
La représentation a aussi dépeint, avec crudité, les mauvais traitements subis par les femmes achetées dans une société de plaisirs et d'illusions. Les décors somptueux signés Nicholas Georgiadis passent de l'éclat des salons à la boue des marais de Louisiane, où Manon sera déportée. L'amour l'illuminait : lorsqu'elle danse pour la première fois avec des Grieux, Dorothée Gilbert exprime, par sa grâce lumineuse, l'émotion d'une telle révélation.Héritage et influence
Après le spectacle, de jeunes danseuses et danseurs de la compagnie ont demandé en chœur : « Mais avec qui Hugo dansera-t-il après le départ de Dorothée ? » L'un d'eux a poursuivi : « J'avais trois ans quand elle a été nommée étoile ; elle a toujours été là, un modèle pour nous ! » Tous connaissent ses vidéos sur pointes. En voyant Dorothée Gilbert maîtriser le solo de Manon lorsqu'elle apparaît dans sa robe de courtisane noire brillante, au début du deuxième acte, on comprend qu'elle continue de les impressionner.Une célébration du talent
La célébration de son immense talent a été fervente et spectaculaire. Dans un public joyeusement mêlé se trouvaient de jeunes passionnés, des fidèles et des mécènes venus en groupe. Surtout, les étoiles qui ont fait la réputation de l'Opéra national de Paris : Claude de Vulpian, Agnès Letestu, Nicolas Le Riche, Karl Paquette ou Manuel Legris, dans les bras duquel Dorothée Gilbert s'est jetée à la fin.Gestes d'adieu et honneurs
Des rappels répétés aux ouvertures et fermetures successives du rideau, cette soirée d'adieu a été exceptionnelle. Sous les pluies de roses lancées depuis les loges et la pluie d'étoiles dorées tombant des balcons, Dorothée Gilbert a reçu ces marques d'admiration et de sympathie avec un sourire de plus en plus radieux. Elle a chaleureusement serré dans ses bras Hugo Marchand, tout aussi ému qu'elle, et a remercié la compagnie à plusieurs reprises, comme pour lui offrir sa part du succès.La Légion d'honneur et les hommages
Une autre surprise attendait l'étoile lors du cocktail qui a suivi : la Légion d'honneur, remise par Brigitte Lefèvre, ancienne directrice de la danse à l'Opéra (1994-2014). L'hommage final, après celui de José Martinez, actuel directeur, a salué l'interprète accomplie qui affrontait toujours les difficultés les plus complexes « avec un grand sourire et une aisance déconcertante ».Réflexions personnelles et héritage
Dans son discours de remerciement, Dorothée Gilbert, « chasseuse » comme jamais auparavant, s'exprimant cette fois pour elle-même, a évoqué son moment préféré : « le silence dans la salle avant que le rideau ne se lève, la première note qui s'élève de la fosse d'orchestre, le corps de ballet qui respire derrière moi et le regard du partenaire qui assure que tout ira bien. » C'est sans doute ce qui lui manquera le plus, de toute sa vie d'artiste.Une reconnaissance finale d'une étoile
Mathieu Ganio, brillante étoile qui a elle aussi tiré sa révérence il y a dix-huit mois, l'a croisée en fin de soirée et a résumé la place de Dorothée dans le monde de la danse d'une formule claire : « une excellente étoile de l'Opéra de Paris ! »