Trois étudiants d'Aix-en-Provence ont été victimes de violences racistes de la part de militants d'extrême droite, des vidéos impliquant des groupes comme le Maquis et les Jeunes d'Oc.
Étudiants agressés à Aix-en-Provence
Le 10 octobre à Aix-en-Provence, trois étudiants ont été victimes de violences et visés par des insultes racistes. Selon un récit, des militants de groupes d'extrême droite radicale connus de la justice ont été identifiés sur des vidéos.Les victimes décrivent l'agression
L'une des victimes, Samy, étudiant sur le campus d'Aix-en-Provence, raconte avoir reçu un coup de poing à la tempe, puis avoir été frappé à coups de pied alors qu'il était au sol. Une autre victime, Yonas, raconte avoir été frappé au visage avec une canette de soda par une femme qui se trouvait à dix centimètres de son visage.Témoignages et images
Laurie, une témoin qui a peut-être tenté d'intervenir, confirme que les étudiants ont été roués de coups sans raison dans la rue. L'un des étudiants a réussi à filmer les agresseurs, au nombre d'au moins huit, parmi lesquels figurent des visages bien connus du Maquis et des Jeunes d'Oc, deux groupes d'extrême droite violents, héritiers de Génération identitaire.Le Maquis nie toute implication
Le Maquis confirme sa présence sur les lieux, mais affirme que la violence est le fait d'un autre groupe, déclarant qu'il a « séparé les belligérants » et qu'aucune « menace ni insulte » n'a été proférée par ses membres. Plus tôt dans la journée, le groupe était présent pour perturber une manifestation antifasciste dans le centre-ville.Des figures de l'extrême droite identifiées
Sur des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, au moins trois anciens militants du Bloc montpelliérain, un groupe néofasciste aujourd'hui dissous, étaient présents, dont Louis Delavault et un certain Tom C. En septembre, les deux hommes ont été vus aux côtés de militants de Tenesoun, un gang néofasciste d'Aix-en-Provence, lui aussi présent le 10 octobre.Les déclarations du Maquis
Un porte-parole du Maquis, Paul Goudard, a déclaré : « Les CRS peuvent nous disperser, mais nous nous regrouperons ailleurs. Nous tiendrons la ville aujourd'hui. » Cet entretien provient d'un reportage du média Occidentis, un petit média qui appartient à la société Artefakt, dont le fondateur et directeur, Erik Tegnér, est aussi l'éditeur du journal d'extrême droite Frontières.Les témoignages sur l'agression
Selon les témoignages, Paul Goudard et son groupe sont allés en ville à la recherche de participants à la manifestation. Yonas affirme qu'ils ont d'abord été traités de « gauchistes », et que l'un d'eux a lancé : « Allez vous cacher derrière les CRS. » Samy, qui n'était pas à la manifestation antifasciste, n'a pas compris le sens de cette remarque.Historique judiciaire du groupe
Les archives judiciaires montrent que le Maquis nie toute violence, mais que les membres présents et identifiés par StreetPress le 10 octobre ont déjà eu affaire à la justice. Romain Fornasier, ancien membre du groupe Génération identitaire, a été condamné en 2022 pour « incitation à la haine raciale ».D'autres affaires judiciaires
Hugo Huyart, un dirigeant du Maquis, a été reconnu coupable en 2025 de violences physiques et verbales envers un père et sa fille à leur sortie d'un bar à Avignon. Pendant le procès, les victimes ont signalé avoir reçu une bouteille ainsi que des propos racistes.Le passé de Paul Goudard
Paul Goudard a également été condamné en appel pour être entré de force dans les locaux de l'ONG SOS Méditerranée à Marseille. Le militant a aussi comparu devant le tribunal de Toulon en octobre 2025, avec trois autres membres du Maquis, pour « violences volontaires à caractère raciste » à l'encontre de deux lycéens frappés à coups de pierres, de pieds et de poings sur une plage de la ville.Une affaire sans conclusion
Une affaire sans issue : malgré certains éléments, dont l'analyse des relevés téléphoniques, qui a permis de prouver la présence des mis en cause sur les lieux, l'affaire n'a pas été jugée, le tribunal ayant accepté la nullité de la procédure, demandée par les avocats de la défense.D'autres agresseurs identifiés
Parmi les personnes désignées par les victimes comme agresseurs figure aussi Anthony Ilhat, un Montpelliérain et développeur informatique. Cet homme, qui se fait appeler Anthony Lacoste, est le porte-parole d'une petite organisation de l'Hérault proche du Maquis, les Jeunes d'Oc.Des témoins décrivent la poursuite
Yonas se souvient : « Quand j'ai réussi à me relever et à m'enfuir, il me poursuivait en criant : "Je vais te tuer." » « Il a été l'un des premiers à me frapper », affirme Samy, qui dit avoir vu cet homme au commissariat lorsqu'il « est allé porter plainte le lendemain ».Enquête et dénégations
Une enquête préliminaire a été ouverte, et plusieurs identitaires ont été placés en garde à vue après l'agression. En revanche, le Maquis nie les faits et affirme que ses membres « sont innocents ». Le groupe menace d'engager des poursuites contre « toute diffamation ou tentative de tenir nos militants responsables de cette agression ».Doutes sur la réponse judiciaire
Une réponse qui contredit les six témoignages recueillis par StreetPress. Samy, arrivé à Aix il y a un peu plus d'un an, garde encore en travers de la gorge son audition par l'officier de police judiciaire : « J'ai eu l'impression d'être interrogé. »Absence de suites dans l'affaire
Lorsqu'il a été question des insultes racistes, l'officier de police aurait répondu : « Ce n'est pas certain que ce soit du racisme. Quand on vous regarde, ce n'est pas forcément évident qu'on est arabe. » Samy et Laurie doutent du suivi donné à cette affaire. Cette dernière, témoin de l'agression, est aussi avocate. Elle a accompagné l'une des trois victimes dans le dépôt de plainte. « Pourquoi ne pas ouvrir une enquête sur-le-champ ? Les conditions étaient réunies pour cette procédure qui permet une réponse judiciaire rapide. Je connais ce type de dossiers en enquête préliminaire : on les met au placard et on ne les rouvre pas. »