Les policiers en Corse ont fait part de leurs inquiétudes concernant l’attractivité de la région pour les forces de l’ordre, évoquant des coûts de vie élevés, des difficultés de logement et des défis liés aux déplacements. Ils réclament le déploiement de davantage d’agents à Ajaccio et Bastia, soulignant que l’étendue importante d’Ajaccio – près de 80 km² – exige des moyens accrus pour une surveillance efficace. Actuellement, les effectifs se limitent à une patrouille de secours et à une BAC (brigade anti-criminalité) nocturne, ce qui, selon eux, est insuffisant et laisse des zones de la ville vulnérables lorsque les patrouilles sont occupées par des accidents ou des urgences. Malgré la réputation d’Ajaccio comme l’une des villes les plus sûres de France, les responsables policiers estiment que cette situation repose sur la surcharge de travail des agents, notamment dans les services d’enquête. Ils rappellent que les policiers d’Ajaccio et de Bastia font preuve d’un engagement remarquable, mais souvent au détriment de leur vie personnelle, certains travaillant dix à douze heures par jour. Le nombre d’enquêteurs a été divisé par deux par rapport aux années précédentes, une situation insoutenable à long terme. Des inquiétudes particulières concernent le manque de personnel dans les domaines de la criminalité financière et de la criminalité organisée, avec seulement trois fonctionnaires chargés des affaires de criminalité organisée et cinq pour les questions financières. Les policiers estiment que ces effectifs sont insuffisants au regard des contraintes quotidiennes, des formations et des congés. Ils suggèrent que le doublement des effectifs serait nécessaire pour permettre à ces services de fonctionner efficacement. Le problème du recrutement et de la fidélisation des policiers ne se limite pas à la Corse, mais il est aggravé par les défis supplémentaires de la région, comme les coûts élevés des transports et une indemnité de transport qui n’a pas été revalorisée depuis longtemps. Malgré les demandes adressées aux directeurs locaux et aux préfets, aucune décision nationale concrète n’a encore été prise. Un sentiment d’injustice persiste également face aux revalorisations récentes accordées aux commissaires, les policiers de terrain estimant ne pas être reconnus à leur juste valeur, alors qu’ils jouent un rôle clé dans la chaîne policière. La fermeture prévue de l’Ajaccio FAED (unité de formation et d’action de l’administration de la sécurité), dont les missions doivent être transférées à Marseille, suscite une forte opposition. Les policiers y voient une atteinte à la capacité locale et à l’autonomie opérationnelle, d’autant que le bureau d’enquête policière et le laboratoire de police scientifique ont déjà disparu. Concernant les manifestations étudiantes relayées par l’actualité nationale, les policiers insistent sur le fait que les blessures subies par des enseignants, des pompiers, des journalistes et des policiers ne sont pas imputables à des violences policières. Ils estiment que certains jeunes sont manipulés et incités à la violence, et que les policiers ne peuvent être tenus responsables des blessures subies par ceux qui commettent de tels actes. Ils critiquent également l’appel à l’« empathie » lancé par le président Emmanuel Macron, le qualifiant d’insulte à la profession et d’atteinte à la motivation des policiers. Des craintes sont également exprimées quant à une éventuelle mobilisation du mouvement des Gilets jaunes, notamment en cas d’infiltration par des black blocs ou des casseurs. Si le syndicat avait initialement soutenu ce mouvement, il insiste désormais sur la nécessité d’intervenir lorsque des mobilisations citoyennes basculent dans la destruction et la violence urbaine. Dans l’ensemble, les policiers expriment leur préoccupation face à l’état de la société et à la récurrence de la violence dans le pays.