Les hommes lisent nettement moins que les femmes, une tendance confirmée par plusieurs études, la socialisation de genre et les rôles professionnels façonnant les habitudes de lecture.
Les hommes lisent moins que les femmes
Les hommes lisent nettement moins que les femmes, selon plusieurs rapports, et ce désengagement vis-à-vis de la lecture constitue une tendance notable. Si les débats sur le recul des habitudes de lecture se concentrent souvent sur les jeunes, les hommes, en tant que groupe, affichent eux aussi un net recul de leurs pratiques de lecture.Un écart de performance en lecture
Des études montrent que les garçons obtiennent de moins bons résultats que les filles en lecture, comme le souligne un rapport de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche publié en octobre 2025. Cette tendance est confirmée par l'enquête PISA récemment publiée, qui indique que les garçons de 15 ans ont un niveau de compréhension de l'écrit inférieur à celui de leurs homologues féminines dans les 38 pays de l'OCDE.Une enquête française révèle des tendances
L'enquête 2026 du Centre national du livre (CNL) en France révèle un recul des habitudes de lecture chez les jeunes âgés de 7 à 19 ans, les garçons étant plus touchés que les filles. Cette tendance se prolonge à l'âge adulte, comme le montre l'enquête 2025 du CNL auprès des personnes de 15 ans et plus : les hommes se déclarent moins souvent grands lecteurs, lisent moins souvent au moins un genre de livre de manière régulière, lisent chaque jour moins fréquemment, ou déclarent lire davantage de livres que les femmes.Un déclin de long terme des lecteurs masculins
Cet écart entre les sexes en matière de lecture est identifié depuis au moins l'enquête sur les Pratiques culturelles des Français de 1988. Entre 1988 et 2018, la part des lecteurs parmi les hommes a diminué de 27 % (71 % en 1988 contre 52 % en 2018), et la part des grands lecteurs (20 livres ou plus par an) a diminué de 50 %. Pour les femmes, les baisses ont été respectivement de 8 % et de 21 %. Les données du CNL montrent que cet écart s'est maintenu, voire accentué, entre 2018 et 2025.Rôles de genre et lecture
Les sociologues Gérard Mauger et Claude F. Poliak avancent que la socialisation de genre peut conduire les femmes à se construire par la lecture, car elles sont plus souvent associées au « monde humain », alors que les hommes le sont davantage au « monde des choses matérielles ». Cette répartition se retrouve dans les métiers, avec davantage de femmes dans les professions du soin et davantage d'hommes dans les professions de production.Lecture et conditionnement social
Cette structuration du monde influence les pratiques de lecture, selon les sociologues. Les femmes, davantage conditionnées socialement à prendre soin des autres, peuvent acquérir tôt des compétences et des expériences dans la gestion des relations humaines, que les romans contribuent à développer. Les romans sont nettement plus lus par les filles à partir de l'adolescence : 55 % des 7-19 ans en lisent, contre 39 % des garçons. Cela peut contribuer à l'intérêt pour la lecture, dans la mesure où les romans font écho à leur vécu quotidien.Lecture et évolution sociale
La féminisation de la lecture peut également être perçue comme le produit de la revendication d'un ordre social renouvelé. Les femmes ont porté l'émergence de la seconde modernité, en passant d'une société d'individus abstraits à une société d'individus concrets et autonomes. Cela se voit dans des domaines comme la préparation des repas, où se nouent des liens personnels, ainsi que dans les vagues féministes qui ont exprimé des aspirations à l'autonomie et à l'autodéfinition.Influence éducative
Les filles obtiennent systématiquement de meilleurs résultats que les garçons en lecture depuis 1965, sans doute sous l'influence des femmes de leur entourage, en particulier des mères, qui jouent un rôle plus important que les pères dans l'éducation et la transmission de la lecture. La lecture accompagne ce mouvement d'émancipation, en permettant aux femmes de créer et de préserver leur propre monde, y compris une échappée imaginaire hors du quotidien.Choix scolaires et genre
Pour les hommes, la lecture semble moins nécessaire pour faire face aux situations rencontrées dans le cadre professionnel. L'orientation des élèves révèle une répartition genrée des investissements : davantage de garçons choisissent les mathématiques et la physique-chimie comme spécialités, au détriment de la lecture. L'identité masculine, telle qu'elle est définie dans une société patriarcale, laisse peu de place à la dimension relationnelle de l'existence et à la réflexion sur soi, qui sont davantage mises en avant dans la lecture.Professionnels et promotion de la lecture
La sociologue Sylvie Octobre note que les femmes sont largement surreprésentées parmi les personnels chargés de la médiation du livre, comme les professeurs des écoles, les professeurs de lettres, les professeurs documentalistes et les bibliothécaires. Cela peut renforcer chez les garçons l'idée que la lecture relève davantage de la féminité que de la masculinité.Lecture et empathie
La lecture permet d'accéder à différents points de vue, ce qui renforce l'empathie et la capacité à comprendre les relations humaines. Elle offre un temps de réflexion et est indissociable de l'introspection, ce qui peut favoriser la communication. La lecture des hommes constitue un enjeu collectif, car elle permet de bâtir une « République des lecteurs » attentive aux autres, sensible aux informations vérifiées et capable de forger un récit commun.