Le décès de Laura requalifié plus tard en féminicide

Laura, une femme de 93 ans en situation de handicap, a été retrouvée morte à son domicile de Toulouse il y a un mois. Son meurtrier présumé, découvert endormi et en état d'ivresse à ses côtés, a été arrêté et fait désormais l'objet d'une enquête pour meurtre suivi ou précédé de viol.

Un récit médiatique tardif

À l'exception d'un article publié par La Dépêche du Midi le 28 septembre, le décès de Laura n'a pas initialement été qualifié de féminicide dans les médias. Ce n'est que deux semaines plus tard qu'Inter Orga Féminicides l'a classé comme tel, mettant en lumière un écart dans la manière dont ces affaires sont présentées.

Un contraste avec un autre féminicide

Trois semaines avant la mort de Laura, le meurtre de Sandra, une femme de 40 ans tuée par son ex-compagnon à Launaguet, a immédiatement été présenté comme le 100e féminicide. Ce contraste soulève des questions sur les facteurs qui influencent le traitement médiatique de ces crimes.

Une attention médiatique portée sur certains profils de victimes

Giuseppina Sapio, professeure et directrice adjointe du Centre d'études sur les médias, les technologies et l'internationalisation, explique que la couverture médiatique des féminicides se concentre souvent sur des profils de victimes précis. Elle parle de « médiagénie », soulignant que certaines affaires sont davantage mises en avant en fonction de facteurs tels que l'âge de la victime, la nature du crime et le potentiel de sensationnalisme.

L'âge et le handicap, des facteurs laissés de côté

Selon Sapio, les femmes âgées, en particulier celles en situation de handicap, sont souvent oubliées dans les débats sur les violences de genre. Elle cite les travaux de Margot Giacinti, qui mettent en évidence un angle mort historique concernant les meurtres de femmes âgées. Les récits médiatiques se concentrent généralement sur les victimes plus jeunes, en particulier celles prises dans une relation intime.

Tabous et stéréotypes autour des femmes âgées

Sapio note que la sexualité des femmes âgées est souvent ignorée ou stigmatisée dans la couverture médiatique. Cela reflète des normes sociétales plus larges qui considèrent le corps des femmes comme moins désirable avec l'âge, ce qui peut influencer la manière dont ces affaires sont perçues et rapportées.

Nationalité et profilage racial

Sapio suggère que la nationalité de l'accusé, un homme soudanais, a pu influencer la manière dont l'affaire a été présentée. Elle évoque le concept de « féminonationalisme », où la défense des femmes se mêle à des discours racistes, en particulier dans les milieux politiques d'extrême droite.

La responsabilité de qualifier le crime

Sapio souligne que la responsabilité de qualifier un crime de féminicide incombe à tous les acteurs concernés, y compris les journalistes, les procureurs et les professionnels du droit. Le terme lui-même ne traduit pas automatiquement les dimensions politiques et systémiques des violences de genre.

L'impact du vocabulaire sur la mémoire

Si Sapio ne pense pas que le langage détermine à lui seul la réalité, elle affirme que l'usage du terme approprié et la construction de récits éthiques peuvent honorer la mémoire d'une victime. Elle estime que qualifier un crime de féminicide permet de faire reconnaître la vie et la mort de la victime pour leur portée politique.