Nathalie Azoulai, romancière installée à Los Angeles, étudie depuis plusieurs années l’impact de la chirurgie esthétique sur l’apparence des habitants de la ville, en particulier cette tendance à vouloir conserver un visage juvénile. Elle souligne que la peur du vieillissement et le désir d’éternelle jeunesse, thèmes centraux du roman Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, publié au XIXe siècle, restent d’une actualité frappante. Pourtant, contrairement à l’œuvre de Wilde, où le rajeunissement relève du fantastique, les individus d’aujourd’hui peuvent concrètement obtenir un visage plus jeune grâce à des interventions médicales. Ce thème a également été exploré dans la série télévisée des années 2000 Nip/Tuck, qui suivait le quotidien de chirurgiens plasticiens et de leurs patients. Azoulai a mené une étude ethnographique auprès de jeunes femmes à Los Angeles, passant du temps dans des bars locaux pour observer les transformations de leurs traits. Elle décrit ce résultat comme « le visage d’ange californien », souvent obtenu par des procédures comme les injections de botox, les remplissages d’acide hyaluronique, la liposuccion ou la rhinoplastie. Ces traitements sont largement accessibles, les cliniques et centres esthétiques étant omniprésents dans la ville, rendant ces transformations plus faciles que jamais. Selon Azoulai, la quête d’un visage plus jeune est un processus continu qui influence profondément la vie de celles qui y ont recours. Elle soulève des questions morales et éthiques essentielles sur les implications de ces transformations, notant qu’elles remettent en cause les notions traditionnelles d’intégrité, de narcissisme et de féminisme. Tout en reconnaissant que les femmes peuvent avoir d’autres préoccupations que leur apparence, elle ne rejette pas cette tendance, suggérant qu’elle reflète un moment culturel où les individus cherchent à effacer les signes visibles du vieillissement, souvent en réponse à un sentiment collectif de changement ou de crise imminente. Azoulai s’interroge également sur la manière dont la recherche de la perfection esthétique par la chirurgie affecte la perception de soi et le sentiment d’identité. Elle affirme que la chirurgie esthétique ne modifie pas seulement l’apparence physique, mais altère aussi la façon dont une personne perçoit son propre visage et la continuité de son existence. Ses observations à Los Angeles révèlent une tendance culturelle plus large, où le désir d’un nouveau visage s’inscrit dans la quête d’individualité à travers des standards de beauté largement partagés.